VIDÉOS| En redonnant des couleurs au Namur des années 30, Mahmoud nous fait voyager dans le temps
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VIDÉOS| En redonnant des couleurs au Namur des années 30, Mahmoud nous fait voyager dans le temps

Namur dans les années 30, c’est une vidéo remise en couleurs, au goût des réseaux, par Mahmoud Shehada. Trois minutes trente et la promesse d’un voyage dans le temps.

Le son est d’époque, l’image crépite: la (re)découverte de Namur, d’un autre temps, il y a bientôt un siècle, peut commencer. Les pavés sont rythmés par les charrettes à bras et le pas précipité des enfants surpris en plein jeu, slalomant entre les passants souvent couverts d’un chapeau. Dans le paysage, un tram monte à la Citadelle et quelques voitures de luxe filent.

Pas d’embouteillage à l’époque. "C’était calme!" Du moins sur terre… car sur la Sambre comme la Meuse, on ne compte plus les bateaux, mouches ou éléphantesques, avec de grosses cheminées, qui mouillent. Et devant lesquels les écluses s’ouvrent à l’huile de coude. Le patrimoine architectural, des ponts au château de Namur tout neuf, est intact, lui.

 

Sur les traces d’un pionnier

 

À l’ère du 2.0, les plus jeunes Namurois n’en croient pas leurs yeux, d’autres se remémorent ce que leurs aînés leur ont raconté: toujours est-il que cette vidéo d’Hector Piron (pionnier local du cinéma amateur, fils mais aussi père de photographes bien connus dans la région, en témoigne un célèbre magasin de la rue de Bruxelles) s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux depuis quelques jours.

De quoi faire chaud au cœur de Mahmoud Shehada qui a mis de la patience et de la passion pour coloriser ce document laissé initialement en noir et blanc.

En juillet dernier, au lendemain des inondations, le réalisateur palestinien aujourd’hui basé à La Plante s’était déjà fait remarquer en captant la beauté de sa ville d’adoption et de toutes les histoires qu’elle transmet. "Si je fais des vidéos, ici, c’est que je m’y sens bien. Récemment, j’ai été contacté par Philippe Laloux. Ce monsieur avait été séduit par mon premier montage et m’a confié l’œuvre d’Hector Piron, en me demandant si je ne pouvais pas en faire quelque chose de nouveau."

 

Image par image au crible de l’intelligence artificielle

 

Pendant trois semaines, Mahmoud a retourné le problème dans tous les sens puis il a pris le temps d’apprendre en autodidacte la méthode pour coloriser et étalonner. "Comment faire pour stabiliser les images, rendre le tout le moins flou possible?Le reportage initial était plus long mais j’ai dû me passer de certaines séquences qui tremblaient trop. "

Le trentenaire a ainsi testé et éprouvé divers logiciels, fait appel à l’intelligence artificielle – pour retrouver des couleurs de base sur lesquelles s’appuyer pour mieux les ajuster. Il s’est surtout résolu à découper la vidéo image par image, pour les coloriser une par une. "Au rythme de 25 par secondes, ça en faisait 9 500! Après quoi, j’ai travaillé plan par plan pour assurer la cohérence." Un travail de fourmi archiviste auquel Mahmoud s’est plié avec méticulosité, avec les moyens du bord. Une fois sa version de travail finalisée, il a fait appel à ses amis vidéastes pour l’aiguiller. Ils lui ont donné le feu vert.

 

Un millier de partages, une carte de visite

 

Depuis sa publication, la vidéo a dépassé les 12 000 vues et les 1 000 partages sur Facebook. Série en cours. " C’est une belle carte de visite", commente celui qui espère retrouver dans nos contrées du boulot en tant que réalisateur pour la publicité ou pour d’autres artistes.

"J’ai acheté un appareil photo d’occasion et un stabilisateur. Je m’équipe au fur et à mesure. Puisque nous avons la chance que le marché de Noël de Namur ne soit pas annulé, j’irai peut-être y faire un film d’ambiance. Sinon, j’aimerais donner un coup de pouce à un artiste hébergé au centre d’accueil de Jambes. C’est magnifique ce qu’il fait."

Une manière de rendre la pareille pour celui qui, dans son exil de réfugié, a aussi pu compter sur l’aide de structures namuroises qui lui ont permis de croire en quelques-uns de ses rêves.