La Louvière: privées de la pension de survie, une mère et sa fille ne parviennent plus à joindre les deux bouts
La Louvière

La Louvière: privées de la pension de survie, une mère et sa fille ne parviennent plus à joindre les deux bouts

La loi a changé et la famille se retrouve sans moyens financiers.

Christel Lebacq et Sylvie Provez, n’auraient jamais pensé se retrouver dans une situation aussi sensible. Mère et fille se retrouvent en effet sans le sou, alors qu’elles s’attendaient à bénéficier de la retraite de époux/père, décédé le 19 avril 2019, seule ressource financière de la famille. C’est en effet ce qui était initialement prévu. Mais la loi a changé et aujourd’hui, elles ne remplissent plus toutes les conditions nécessaires.

"Lorsque mon mari est décédé, il était pensionné depuis quelques années déjà", explique Christel Lebacq. "C’est son travail au sein de Duferco, et ensuite sa retraite qui nous permettaient de vivre et qui nous ont permis d’élever notre fille. La loi a changé et pour que je puisse en bénéficier à son décès, il aurait fallu que j’aie 47 ans. Ce n’était pas le cas. J’ai donc bénéficié d’une pension de transition pendant deux ans, après quoi je n’ai plus rien obtenu."

La mère de famille a ensuite accumulé les difficultés. " La situation n’est pas simple car ma santé n’est pas bonne et m’empêche de travailler. Je suis médicalement en incapacité de travail mais je ne bénéficie à ce jour ni du chômage, ni de la mutuelle. Après insistance et après avoir multiplié les démarches, le CPAS devrait étudier mon dossier dans le courant du mois de décembre. En attendant, je ne parviens pour ainsi dire plus à boucler les fins de mois."

Des biens personnels ont été mis en vente afin de payer les factures. " J’ai l’impression d’être un dommage collatéral. Tous nos choix de vie ont été posés sur base d’une loi qui, en cours de route, a été modifiée. Des femmes comme moi se retrouvent laissées sur le bas-côté sans que cela n’inquiète personne. Je n’ai ni diplôme, ni expérience. Reprendre des études, à mon âge, me parait compliqué, plus encore avec une santé comme la mienne."

La famille louviéroise tente de garder la tête haute mais va de désillusion en désillusion. Le dossier est en effet passé devant le tribunal, sans que cela ne change la donne. Une situation également difficile à vivre pour Sylvie, qui poursuit un cursus universitaire en droit. " On peine à entretenir la maison et mes études coûtent cher. Je travaille bien entendu sur le côté pour aider financièrement ma maman mais j’aurai bientôt 25 ans et les allocations familiales ne tomberont plus."

La jeune femme sera dès lors contrainte de quitter son domicile et de se gérer seule. " Je vais probablement être contrainte de me tourner vers le CPAS car mon job étudiant ne me permettra pas de m’en sortir tout en payant mes études", soupire Sylvie. Pour sa maman, cette situation est un crève-cœur. "Je me sens extrêmement coupable de faire vivre tout cela à mon enfant. Je ne veux pas que l’on s’apitoie sur notre situation, je souhaite simplement la dénoncer."

La réforme des pensions de survie avait été décidée par le gouvernement Di Rupo 1er et était passée relativement inaperçue. Elle concernait pourtant, à l’époque, près de 600 000 Belges. 80% des bénéficiaires de l’allocation de survie sont des femmes qui se sont retrouvées veuves très jeunes. Certains changements – notamment dans la durée de l’allocation – pourraient être apportés au système par la ministre des pensions, Karine Lalieux (PS) mais rien n’est encore fait.

Et en attendant, de nombreuses personnes, contraintes d’assumer seules les frais du ménage, basculent dans la précarité au décès du conjoint.