Oupeye

Un nouveau défi pour les militaires blessés

Ils ont perdu une jambe, un bras ou vivent avec un handicap. Tous ont une histoire différente avec un point commun: ils ont dû se reconstruire. Douze soldats blessés, des héros de la résilience, font partie de la première délégation belge pour les Invictus Games.

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage avec pour thème la résilience. Cette semaine: Lisa Beken

L’un des premiers défis du Oupéyen Didier Simons, après avoir été amputé, a été de réapprendre à courir avec une prothèse. Le sous-officier plongeur démineur a été blessé dans un accident au large des côtes écossaises en 1989. Amputé de la jambe gauche, il est le capitaine de la délégation de militaires blessés belges aux Invictus Games.

Les Invictus Games, c’est quoi? Créés en 2014 par le prince Harry (Royaume-Uni), ces jeux sportifs rassemblent des militaires et vétérans blessés et handicapés. Didier et onze autres militaires belges partiront pour la première fois aux Invictus Games en avril 2022 à La Haye.

Les héros de la résilience

Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme. («Invictus», poème du XIXe siècle de Wiliam Ernest Henley )

Se remettre d’une blessure n’est jamais un long fleuve tranquille pour un militaire. Il y a des hauts et des bas, mais il faut pouvoir se relever. "Nous sommes toujours dans la résilience. C’est plier, ne pas rompre. Si on plie, on se redresse et on essaye d’avancer", raconte Didier.

Écoutez et découvrez une partie l’histoire de la reconstruction de Didier.

Éric Estievenart vient de Vilvoorde. Mauvais jour, mauvais endroit, mauvais moment. Il se rendait sur son lieu de travail à vélo et a été percuté par un camion. Il a perdu sa jambe dans cet accident.

Un nouveau défi pour les militaires blessés
Du matériel adapté est indispensable aux athlètes pour pouvoir pratiquer les quatre disciplines individuelles des Invictus Games: cyclisme, natation, athlétisme et rameur. Photo: L.B.
Comme pour de nombreux blessés, le sport a été un facteur de sa reconstruction. Mais ce n’est pas uniquement cela qui a aidé le soldat blessé: "j’ai mis deux ans avant de l’accepter. Je pense que c’est plus facile pour un pianiste qui perd sa jambe par exemple, car il va pouvoir continuer à jouer. Là, vous passez de commando, moniteur de survie à rien, vous ne pouvez plus le faire. Ma femme et mes enfants m’ont beaucoup aidé. Je voulais redevenir un papa normal."

Un nouveau défi pour les militaires blessés
Magali Huret accompagnera les militaires pendant et après les Invictus Games. Un événement pourrait les faire repenser à l’accident vécu, c’est pourquoi un suivi psychologique est assuré. Photo: L.B.
Magali Huret est psychologue au Centre de santé mentale de la Défense. C’est elle qui accompagne les militaires qui participent aux Invictus Games. Pour elle, ces jeux sont une belle initiative: "les militaires, ce sont des personnes qui apprécient les activités. Ils aiment se mesurer à eux-mêmes, voir de quoi ils sont capables. Quand ils ont subi une blessure, physique ou mentale, importante, cela entraîne souvent une grosse perte de confiance en soi, mais aussi une perte de sentiment de contrôle sur la vie. Les Invictus Games donnent l’occasion à tous ces militaires blessés de reprendre ce contrôle et cette confiance en eux."

Réunis par les mêmes valeurs

Chacun a son histoire, son handicap et pourtant, un élément semble les lier: les valeurs militaires.

Didier Simons confie qu’il a très vite sympathisé avec les autres membres de la délégation: "nous avons beaucoup de choses en commun. Notre façon de penser se ressemble. Nous avons des caractéristiques communes comme la volonté de bien faire, la volonté de réussir la mission. Même si ici, nous n’envisageons pas forcément tous une médaille aux Invictus Games, nous envisageons de faire du mieux qu’on peut et de représenter le pays."

Bernard Bolly, le team manager de l’équipe explique que partager les mêmes valeurs est un réel avantage. "Nous avons un très bon esprit d’équipe. À l’armée, le leitmotiv, c’est de travailler en équipe et se soutenir mutuellement. Et c’est aussi le cas ici."

Un nouveau défi pour les militaires blessés
La ministre a récemment rencontré les athlètes de la délégation belge. Elle espère pouvoir aller les supporter en avril. Photo: L.B.
Ludivine Dedonder, ministre de la Défense, soutient le projet. Pour elle, il n’y a pas que les valeurs de l’armée que les athlètes retrouvent grâce à ce projet. "Ils vont être au contact d’autres nations lors de ces jeux sportifs. Ils ont été habitués à se déployer sur des théâtres d’opérations dans le monde entier. Les Invictus Games donnent la possibilité de revivre cela dans un sens. Ils ont aussi la possibilité d’encore montrer leurs capacités, quel que soit aujourd’hui leur état."

La résilience, pas pour tous!

Un nouveau défi pour les militaires blessés
«Le monde civil est une jungle pour moi. Je suis entré à l’armée à 17 ans, j’ai été habitué au système militaire. La réinsertion est difficile», avoue Christian Verdoot. Photo: -
Syndrome de stress post-traumatique, cauchemars, flash-back. Le Binchois originaire d’Ath, Christian Verdoot, souffre de ces symptômes. "J’étais complètement à côté de la plaque. J’ai été interné dans un hôpital psychiatrique. Encore maintenant, j’ai des séquelles psychologiques. Mais je prends des médicaments, je me remets sans cesse en question et j’ai un canalisateur: mon fils. Je vais traîner ce fardeau toute ma vie. C’est un sac à dos que je porte tous les jours. Parfois, je le dépose un peu pour essayer de m’alléger. Mais, quand je repars, c’est toujours avec ce sac. Tout ce que l’on voit en mission, cela nous marque. J’ai beaucoup d’autodérision, je blague tout le temps, mais je ne suis pas bien. J’ai été détruit dans un sens. Même si je relativise beaucoup."

Il regrette que rien ne soit mis en place pour les vétérans. "Lorsque nous sommes à l’armée, nous vivons dans un cocon. Et quand nous devons sortir de ce cocon, c’est très difficile. Une fois vétérans, nous sommes mis au placard. On reçoit un pin’s, une carte de vétéran et c’est tout. J’ai l’impression de n’avoir été qu’un matricule."

“Des blessés passent sous les radars de l’armée”

Erik De Soir, psychologue spécialisé dans les crises et traumatismes explique: “Le problème est que l’on ne mesure pas systématiquement les blessures mentales au retour d’une mission. Beaucoup de militaires blessés passent sous les radars de l’armée. La Défense ne sait pas chiffrer le nombre de militaires qui souffrent d’un syndrome post-traumatique, car elle n’a aucune idée du nombre de militaires qui consultent dans le privé. Le système actuel est très réactif, mais il n’est pas proactif. Nous devrions avoir un sas d’adaptation comme l’armée française, une période d’adaptation prévue entre le retour de la mission et le retour à la maison, où l’on évalue les blessures mentales. Et ce, systématiquement.”

Qui est l’auteure de ce reportage?

Un nouveau défi pour les militaires blessés
Photo: Emmanuel Crooÿ
Lisa Beken – 22 ans – Sars-la-Buissière

Je suis étudiante en dernière année de journalisme à l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve. Le choix de ce cursus a été pour moi une évidence. C’est une profession passionnante. Aller à la rencontre de personnes passionnées, parler avec elles, raconter leurs histoires. Je trouve cela fascinant. Et puis, je dois vous avouer que je suis une grande bavarde. Au-delà des belles rencontres que le métier amène, je suis convaincue que les médias peuvent faire changer les choses et contribuer à un monde meilleur.