Kuehne Nagel va fermer son site Logistics Nivelles d’ici l’automne 2022: 549 licenciés
« Sans perspective de profitabilité, la société ne peut plus, (au départ de Nivelles), continuer à servir, son client unique actif dans la grande distribution», explique la direction.Crédits: - Twitter.
Nivelles

Kuehne+Nagel va fermer son site Logistics Nivelles d’ici l’automne 2022: 549 licenciés

La direction du groupe de logistique Kuehne+Nagel a annoncé la fermeture de son site nivellois Logistics Nivelles d’ici l’automne 2022. Une procédure de licenciement collectif va être lancée, concernant les 549 personnes actives. La situation sur place est «très tendue», selon la CNE.

La situation de Logistics Nivelles est «particulièrement préoccupante» depuis la reprise de l’usine en 2005, selon Kuehne+Nagel. «Après plusieurs réorganisations, le site continue à générer des pertes importantes au fil des années. (...) Sans perspective de profitabilité, la société ne peut plus, (au départ de Nivelles), continuer à servir (NDLR: Carrefour), son client unique actif dans la grande distribution.»

Afin de pouvoir encore approvisionner ce client, la direction envisage de relocaliser l’activité aclote vers deux implantations en Flandre: Kontich (Anvers) pour les produits secs et Kampenhout (Brabant flamand) pour les produits frais. Kuehne+Nagel adoptera une configuration nationale pour la gestion de ces deux types de produits, au départ de ces deux sites flamands.

La procédure d’information et de consultation en matière de licenciement collectif a été lancée mercredi. La direction « fera tout pour que cette phase se déroule de la meilleure façon possible, dans un esprit de dialogue».

La direction a sciemment «saboté» l’outil nivellois, dénoncent les syndicats

Les syndicats de l’entreprise Logistics Nivelles ont réagi de façon virulente à l’annonce ce mercredi de la décision du groupe de logistique Kuehne+Nagel de fermer le site brabançon d’ici l’automne 2022. Une procédure de licenciement collectif va donc être lancée, concernant les 549 personnes actives.

Selon la CNE, la situation sur place est «très tendue», avec une personne qui a été blessée et un blocage des entrées et des sorties. Déterminés et scandalisés, les syndicats dénoncent un «sabotage» de la part de la direction, qui a tout fait pour plomber l’outil nivellois.

Kuenhne+Nagel justifie sa décision de fermeture par l’absence de perspective de profitabilité pour continuer à servir depuis Nivelles l’enseigne de grande distribution Carrefour. Le groupe logistique envisage dès lors de relocaliser l’activité vers deux implantations en Flandre: Kontich (Anvers) pour les produits secs et Kampenhout (Brabant flamand) pour les produits frais. L’annonce a été faite lors d’un conseil d’entreprise extraordinaire mercredi matin.

Les permanents syndicaux, qui se disent scandalisés par cette annonce, ont demandé aux membres de la direction d’annoncer eux-mêmes leur intention au personnel. La direction est sur place, les travailleurs sont sortis devant l’entreprise et la police a bloqué la circulation dans une partie de la rue de l’Industrie, craignant des débordements.

«La direction a saboté le travail ici depuis deux ans et on peut le démontrer», fulmine Didier Lebbe, secrétaire permanent CNE. «Les travailleurs réagissent très mal à l’annonce. Un garde du corps qui accompagnait la direction quand elle est allée s’adresser au personnel a été blessé et emmené à l’hôpital», raconte le syndicaliste.

Sur place, plus aucune marchandise ne sort ni ne rentre du dépôt. «On est en guerre avec Kuehne+Nagel!», tonne-t-on du côté du Setca. «On veut leur faire mal au portefeuille et on va s’organiser en front commun pour aller fermer les autres dépôts en Belgique», prévient Pascal Strube, secrétaire permanent pour le Brabant wallon du syndicat socialiste.

Philippe Lescot, pour la CNE, parle d’un scandale. Pour lui, si la direction peut aujourd’hui parler d’une productivité moindre sur le site de Nivelles, c’est à cause d’un manque d’investissement - ce que réfute la direction du groupe - sur place. «Nous leur avons promis une lutte sociale comme ils en ont peu connu!», martèle-t-il.

Le Setca dénonce en outre le rapatriement de l’ensemble des activités vers la Flandre, dont le site de Kampenhout, à encore construire, se trouve distant d’à peine 50 km de celui de Nivelles. «L’annonce d’aujourd’hui est stratégique. La direction a décidé de plomber le dépôt, après une lourde restructuration en 2015, avant laquelle plus de 750 personnes travaillaient à Nivelles», rappelle Pascal Strube. Il déplore que l’on n’ait même pas proposé aux travailleurs actifs chez Logistics Nivelles d’être eux aussi relocalisés sur les deux sites flamands.

«C’est scandaleux, parce que tout a été préparé et s’est mis en place progressivement pour cette délocalisation», abonde Barbara Leduc, pour la CGSLB.

Les syndicats entendent tout faire pour sauver le dépôt nivellois et vont faire appel aux responsables politiques pour qu’ils interviennent dans ce dossier.

Dans l’immédiat, un autre conseil d’entreprise extraordinaire est annoncé à 13h00 chez Supertransport, une entreprise logistique également active sur le site nivellois. Elle emploie 180 personnes environ, dont 150 chauffeurs, et est chargée du transport des marchandises depuis Nivelles vers les magasins Carrefour. Les syndicats s’interrogent sur la teneur des annonces qui seront faites au sein de ce sous-traitant de l’enseigne de grande distribution et filiale du groupe Jost.

Le personnel de Supertransport refuse des propositions temporaires

Les réunions entre les représentants des travailleurs de Supertransport et leur direction, en marge de l’annonce de l’intention de fermer le site de Nivelles Logistics, n’ont pas débouché sur un accord mercredi. Les chauffeurs routiers dont le dépôt est situé à côté des entrepôts de Logistics Nivelles ne veulent pas faire sortir les remorques du site et vont continuer la grève entamée dès mardi soir.

Ce sont les camions de Supertransport qui acheminent les marchandises depuis les entrepôts de Logistics Nivelles vers les magasins Carrefour. Mais le transporteur n’est pas concerné à ce stade par la procédure Renault qui débute après l’annonce de l’intention du groupe Kuehne+Nagel de fermer son site de Nivelles à l’automne 2022.

La direction de Supertransport, qui dépend du groupe Jost, a dans l’après-midi fait des propositions à ses travailleurs afin qu’ils poursuivent l’activité en partant de Nivelles pour rejoindre les entrepôts de Kuehne + Nagel en Flandre, moyennant certaines modalités et compensations.

«Nous avons demandé si ces compensations étaient définitives ou temporaires, et on nous a répondu qu’elles étaient temporaires. À partir de là, le personnel les refuse pratiquement à l’unanimité et la grève continue. Ce qui intéresse les travailleurs, c’est savoir ce qui va leur arriver dans un an ou deux ans», explique sur place le permanent CSC Transcom Philippe Lescot.

 

 

Le gouvernement wallon appelle la direction à «reconsidérer» sa décision

 

Le ministre-président wallon, Elio Di Rupo, a appelé, mercredi, la direction du groupe Kuehne+Nagel à «reconsidérer» sa décision après l’annonce de la fermeture de son site nivellois à l’automne 2022.

«J’apprends avec stupéfaction que le déménagement au sein de notre pays de Logistics Nivelles entraine un licenciement collectif. J’ai convenu de rencontrer les syndicats prochainement. Un contact avec la direction sera également pris. J’appelle celle-ci à reconsidérer sa décision», a tweeté le ministre-président wallon.

Interrogé en séance plénière du parlement wallon par les députés André Antoine (cdH) et Germain Mugemangango (PTB), le ministre régional de l’Economie, Willy Borsus, s’est quant à lui étonné de la délocalisation de l’activité au nord du pays, sans qu’un transfert des travailleurs ne semble envisagé.

«Nous allons solliciter une rencontre avec la direction et avec les syndicats afin de comprendre l’ensemble des paramètres. Mais cela ne nous suffit pas. Il faut que nous puissions tout faire pour préserver l’activité et un maximum d’emplois», a-t-il assuré.