DÉCRYPTAGE | Présidentielle française: qui peut détrôner Macron?
Le président français Emmanuel Macron est donné favori dans les sondages. Crédits: Photo News
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Monde

DÉCRYPTAGE | Présidentielle française: qui peut détrôner Macron?

Alors que les candidats à la présidentielle se bousculent au portillon, certaines personnalités pourraient rebattre les cartes de l’élection, notamment à l’extrême droite.

À sept mois de l’élection présidentielle française, les candidats qui entendent défier Emmanuel Macron commencent à sortir du bois. Sauf coup de théâtre, l’actuel président devrait briguer un nouveau mandat de cinq ans, après avoir affronté Marine Le Pen au second tour.

Mais certaines personnalités pourraient bien rebattre les cartes de l’élection. Parmi elles, le sulfureux chroniqueur Éric Zemmour, qui ne s’est pas encore déclaré, mais dont la candidature qui ratisserait tant à droite qu’à l’extrême-droite agite le paysage politique. Le polémiste, connu pour ses prises de position radicales sur l’immigration et l’islam, pourrait-il faire de l’ombre à Marine Le Pen?

«Il faut d’abord rappeler qu’en France, les candidats doivent rassembler 500 signatures d’élus pour pouvoir participer à l’élection, avance Pierre Mathiot, professeur de sciences politiques et directeur de Science Po Lille. Il faut aussi avoir les moyens financiers pour faire campagne. Or, les banques ont plutôt tendance à prêter de l’argent aux candidats dont les sondages prédisent au moins 5% d’intentions de vote. » En d’autres termes, il ne suffit pas de vouloir être candidat pour le devenir. Sans réelle équipe de campagne, la tâche s’annonce également très compliquée pour le polémiste. «Macron avait réussi son pari parce qu’il avait, dans son équipe, des hauts fonctionnaires, des gens efficaces qui connaissent l’appareil d’État, alors que Zemmour est relativement isolé.»

S’il est candidat, ce dernier pourrait toutefois grappiller des voix à Marine Le Pen, et même au candidat de la droite plus traditionnelle. «Il peut prendre des voix, surtout dans un contexte où Marine Le Pen est un peu affaiblie et où la droite n’a toujours pas de candidat. Je pense qu’il pourrait faire un score au-dessus de 5%.»

Changer de profil

L’éditorialiste ne se présente cependant pas comme un challenger sérieux à la succession de l’Élysée. « Pendant les 20 premières années de sa vie politique, Jean-Marie Le Pen s’était imposé politiquement et médiatiquement par la provocation. Éric Zemmour s’inscrit lui aussi dans cette logique, affirme Pascal Delwit, politologue à l’ULB. Je ne crois pas qu’il ait vraiment l’ambition de devenir président, contrairement à Marine Le Pen.»

Le célèbre polémiste de CNews a toutefois l’avantage d’être issu de la sphère médiatique. «Il sait prendre la parole, ce qui est un atout dans une démocratie médiatique, reconnaît Pierre Mathiot. Le problème est que quand vous passez du statut de commentateur de la vie politique à celui de candidat à une élection, vous changez de profil. Le métier d’Éric Zemmour, c’est de taper sur tout le monde! Il n’a jamais sérieusement expliqué ce qu’il voulait faire en politique.» Selon notre interlocuteur, ce manque de stature politique devrait se révéler lorsqu’il s’agira d’avancer des propositions. «Je pense qu’il ne tient pas la route. C’est la différence avec Macron qui, en 2016, a démontré de vraies compétences de technocrate, une vraie connaissance du fonctionnement de l’État. Ce qui n’est pas le cas de Zemmour.»

 

Un président «favori par défaut»

Même s’il n’a pas encore annoncé son intention de briguer un second mandat, la candidature d’Emmanuel Macron ne fait en réalité aucun doute. Pour l’heure, les sondages le donnent favori. L’élection serait-elle gagnée d’avance? «Si l’élection avait lieu maintenant, il gagnerait, mais de manière plus serrée qu’en 2017», estime Pierre Mathiot.

Sa légitimité démocratique serait probablement plus faible qu’il y a cinq ans. «Au second tour face à Marine Le Pen, il y aurait certainement davantage de votes blancs, ou de personnes qui n’iraient tout simplement pas voter.»

À quelques mois du scrutin, la cote de popularité de Macron est nettement supérieure à celle de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande, à la même époque. «Macron suscite un certain nombre de réactions négatives, voire hostiles, mais il dispose aussi d’un socle électoral autour de 20-22%. Il y a donc une minorité silencieuse qui votera Macron, principalement des personnes plus âgées et diplômées, qui considèrent qu’il a fait le job et qu’il a maintenu le gouvernail du bateau pendant la crise. » Des électeurs de droite et de gauche modérée, déçus par leur candidat, pourraient également se rallier à l’actuel président. «Pour le premier tour, je pense qu’il a de la marge.»

Sa faiblesse est néanmoins d’être le candidat «favori par défaut», ajoute Pascal Delwit. «Il est favori en raison de l’incroyable éclatement des candidats à la présidence de la république (lire ci-contre). Ni la gauche ni la droite ne vont bien, et le Rassemblement national de Marine Le Pen n’a pas réussi ses élections départementales et régionales, en plus d’être menacé par la candidature d’Éric Zemmour.» Sans candidat crédible à gauche, et a fortiori à droite, Macron a toute les chances de l’emporter.

«On voit bien que tout l’enjeu, pour lui, est d’avoir un second tour face à Marine Le Pen, tout en essayant de l’affaiblir au préalable. Mais ce qu’il veut absolument éviter, c’est d’avoir un candidat de droite ou de gauche crédible, qui pourrait le mettre en difficulté très rapidement.»

 

 

 

Entre explosion des candidats et refus des primaires

Si les adversaires d’Emmanuel Macron sont entrés en campagne, la stratégie, à droite comme à gauche, semble assez incertaine voire bancale.

La perspective d’une candidature commune gauche-écologistes est une nouvelle fois tombée à l’eau. Le tribun de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, s’est en effet déclaré il y a plusieurs mois. L’ex-ministre socialiste Arnaud Montebourg et la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo ont également dévoilé leurs ambitions présidentielles, tandis que les écologistes et l’extrême gauche auront également leur candidat.

«Si la gauche n’est pas unie au premier tour, elle est foutue, estime Pierre Mathiot. Après la primaire écologiste, la gauche aura finalement cinq candidats. «Le scénario de 2002, qui avait vu sortir Lionel Jospin au premier tour, risque donc de se reproduire. À l’époque, il y avait eu une explosion de candidats à gauche: Christiane Taubira, Noël Mamère, Jean-Pierre Chevènement. Ces candidats avaient recueilli 5-10% des votes au premier tour, ce qui avait zigouillé Jospin! Même s’il avait tout de même 20% voix. Et cette fois-ci, ce sera pire, on ne sera clairement pas dans le même ordre de grandeur...»

Selon le politologue français, beaucoup de politiques, à gauche, considèrent que la présidentielle est perdue d’avance. «En jouant la présidentielle, en fait, il jouent les législatives qui vont suivre. Cette élection va permettre aux candidats d’exister pendant plusieurs mois dans les médias. Ils en ont besoin pour les élections suivantes.»

Une surprise à droite?

S’il y a une menace pour Emmanuel Macron, elle se situe plutôt à droite. D’ici quelques jours, le 25 septembre, les militants des Républicains devront choisir entre une primaire ouverte et un congrès du parti pour désigner leur candidat. L’idée d’un scrutin pour déterminer la personnalité politique de droite est acceptée par quatre prétendants, dont Valérie Pécresse, l’une des favorites.

Le hic? L’ancien ministre Xavier Bertrand, l’un des candidats les plus crédibles à droite et lancé dans la course depuis mars, refuse de participer à une primaire.

À l’instar de la gauche, la droite républicaine ne peut cependant exister dans l’élection que si elle présente un seul candidat.

«Je pense que la partie se jouera effectivement entre Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, mais la première question à se poser est de savoir s’il y aura un arbitrage entre ces deux candidats. Si c’est le cas, il ne faut pas sous-estimer la dynamique d’une campagne présidentielle. Car il y a un électorat de droite assez important en France, analyse Pascal Delwit. Macron a l’appareil d’État avec lui, il est médiatisé. Mais il n’est pas à l’abri d’une déconvenue si la campagne s’engage bien pour un candidat de droite.»

D’autant que le parti du président, La République en marche, bénéficie de très peu de relais à l’échelle locale et régionale, ce qui peut constituer une faiblesse pour lui et, a contrario, un avantage pour Les Républicains .

«La présence sur le terrain de mandataires qui peuvent convaincre la population de voter pour un candidat est précieuse. À cet égard, la droite républicaine a sans doute plus de moyens qu’Emmanuel Macron. Si Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand entre en campagne avec 16-19% d’intentions de vote, l’écart avec Marine Le Pen et Emmanuel Macron sera réduit.» La droite, si elle s’accorde sur son prétendant à la succession de l’Élysée, pourrait donc créer la surprise