• Décès de Charlie Watts: Daniel Horvat, de Châtelet, a vu 119 fois les Rolling Stones en concert
    Daniel Horvat à Chicago en 2019, lors d’une tournée des Rolling Stones… Celle qui sera la dernière de Charlie Watts.
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Châtelet

Décès de Charlie Watts: Daniel Horvat, de Châtelet, a vu 119 fois les Rolling Stones en concert

Fan depuis 1965, Daniel Horvat a consacré une bonne partie de sa vie aux Stones. Il partage sa tristesse de voir partir leur batteur, ciment du groupe mythique.

Être fan des Rolling Stones est un sacerdoce. Il ne faut pas compter les longues heures d’attente pour être au plus près de ses idoles durant les concerts. Outre l’énergie dépensée, il y a aussi l’argent. Il vaut mieux s’abstenir de compter lorsque le moment se présente d’obtenir un billet dans le carré privilégié, au plus proche de la scène, ou d’acquérir un nouveau trésor destiné à garnir une collection qui ne sera jamais complète. Mais au bout de la dévotion, il y a toujours la récompense. Avec une carrière longue de 59 ans, les Stones ont toujours donné le change… sans compter. Musicalement d’abord, ils ont forgé la bande-son quotidienne de plusieurs générations de passionnés. Accompagnant leurs joies et aussi leurs peines. Il ne s’est pas passé un jour sans qu’à un moment, ces acharnés n’aient une pensée pour leur groupe fétiche, se demandant ce à quoi était occupée la bande à Mick Jagger et Keith Richards, entretenant le sentiment rassurant que les Stones étaient toujours là, quelque part.

Ceux-là sont dévastés depuis l’annonce du décès du batteur Charlie Watts, mardi soir. Et ce mercredi, pour la première fois, ils se sont réveillés dans un monde différent de celui qu’ils avaient connu jusque-là.

Le chouchou des fans

Daniel Horvat fait partie des millions d’endeuillés. Ce sexagénaire de Bouffioulx a vu 119 fois le groupe sur scène. «Je suis né en 1958 et j’ai eu la chance de vivre à la même époque que les Stones, dit-il. À 7 ans, j’ai tanné mes parents pour avoir le 45 tours de Satisfaction. C’était en 1965 et ça ne m’a plus quitté depuis.»

Le virus stonien a souvent fait perdre le sens des réalités à ceux qui l’ont contracté. À tel point que les admirateurs du groupe ont parfois cru à son immortalité. «Quand mon fils m’a annoncé la nouvelle, je n’y croyais pas, dit Daniel. Quand on est fan, on a tendance à faire l’autruche et on se dit que tout va bien.»

 

 

Et ce, même quand Charlie a annoncé, par attaché de presse interposé, qu’il était contraint de faire l’impasse sur la tournée censée démarrer en septembre. Une première défection depuis janvier 1963 pour celui qui était le ciment du groupe. «Je suis sûr que sans lui, cela n’aurait pas duré aussi longtemps», reconnaît le fan carolo. Outre son style métronomique sans fioriture, Charlie Watts a joué un rôle fédérateur, tempérant les frasques et les ardeurs parfois (souvent) conflictuelles entre Mick et Keith. «Durant les dernières années, on sentait qu’il était de plus en plus respecté. Les autres le regardaient plus souvent qu’avant, lui souriaient, le charriaient.» Une mise en avant dont le Stone le plus discret tentait de s’accommoder à sa manière. «Dès que Jagger disait un mot au public, Charlie nous gratifiait d’un roulement de batterie», plaisante Daniel Horvat.

Et au moment de la présentation des musiciens, toujours très solennelle dans un concert des Stones, Charlie empochait les faveurs du public à l’applaudimètre. «Neuf fois sur dix, confirme Daniel. Le public faisait ça en toute sincérité. Et moi, quand venait le moment de son introduction, je gueulais deux fois plus fort.» Une manière pour la foule de souligner l’importance du musicien, en retrait sur scène comme dans la vie. Charlie Watts s’est en effet, toujours tenu à l’écart des projecteurs. «Je l’ai vu en solo en 85 avec un big band de jazz au Roxy à New York. Mais aussi au 100 Club à New York et puis à Paris, en formation plus réduite. Il était toujours derrière», raconte Daniel.

Comme de nombreux fans au fil des concerts, ce dernier a tissé une relation singulière avec les Rolling Stones. Et avec Charlie Watts qui, malgré sa discrétion et son humilité légendaires, n’omettait jamais de rendre un signe ou un sourire à ses admirateurs. «En 2007, les Stones ont répété à Vilvorde. Charlie est venu en reconnaissance, un jour avant tout le monde. Il a pris le temps de signer de nombreux autographes». Et l’importance de l’indéfectible public dans le succès des Stones, ce gentleman la mesurait jusque dans l’intimité: ainsi, tout qui lui adressait une photo par la poste se la voyait renvoyer dédicacée.

«Une fin sans apothéose»

Aujourd’hui, alors que le monde entier rend hommage au batteur, Daniel Horvat envisage une ultime rencontre privilégiée avec la star. «J’ai toujours dit que j’irais aux funérailles du premier d’entre eux qui partirait. Mais vu le contexte sanitaire, ça sera dur. Dès que ce sera possible, j’irai me recueillir», dit-il.

Outre ce moment intimiste se pose la question du devenir scénique des Stones. Une aventure que Daniel a entamée en 1973, à la veille des deux concerts mythiques de Forest National. « J’avais fait le mur», se souvient-il. Avec les années, le Carolo avait mûri l’ambition de voir le tout dernier concert du groupe. Il était de la partie à Miami, en 2019, pour ce qui sera la toute dernière apparition scénique de Charlie Watts. Cela coïncidera-t-il avec la fin des Stones? L’inconnue demeure depuis que ceux-ci ont annoncé, début août, que les prochaines dates de concerts, programmées aux États-Unis à l’automne, se dérouleraient sans l’inébranlable batteur mais avec un remplaçant. Daniel Horvat avait ses tickets en poche mais, plus que la disparition de l’idole, ce sont les restrictions liées au Covid qui ont tout remis en cause. «Quoi qu’ils fassent, il y aura des arguments pour dire que c’est bien ou mal, dit-il. J’ai juste le sentiment que cela se terminera comme ça, sans apothéose.» Oui et non. Car dans l’intensité, le partage et la qualité, la carrière des Rolling Stones n’aura été, au final, qu’une longue apothéose.