Charlie Watts, la mesure des Stones
Musicien autodidacte, Charlie Watts a été pendant presque 60 ans le calme au milieu de la tempête Rolling Stones.Crédits: Photo News
Musique

Charlie Watts, la mesure des Stones

Le plus discret des Rolling Stones est décédé à l’âge de 80 ans. Charlie Watts a été pendant plus d’un demi-siècle l’imperturbable métronome du groupe.

Charlie Watts, l’élégant batteur des Rolling Stones, est «décédé paisiblement dans un hôpital de Londres» mardi, «entouré de sa famille», a annoncé son agent Bernard Doherty. Il avait déjà averti début août qu’il manquerait la tournée américaine du groupe à l’automne après avoir subi «une intervention».

Avec son visage impassible et son talent unanimement reconnu en matière de rythmique binaire, il offrait sur scène le parfait contrepoint aux déhanchements frénétiques de Mick Jagger et aux pitreries électriques des guitaristes Keith Richards et Ronnie Wood.

Le calme dans la tempête des Stones

Et pendant que ses amis multipliaient « les divorces, les addictions, les arrestations et les folles engueulades», selon un inventaire dressé par le Mirror, Charlie Watts, le taiseux, passait une vie sereine aux côtés de Shirley Shepherd, sa femme depuis 50 ans, et leur fille Seraphina, dans leur haras pour pur-sang arabes du Devon, en Angleterre.

«Pendant cinquante années de chaos, le batteur Charlie Watts a représenté le calme au milieu de la tempête Rolling Stones, aussi bien sur la scène qu’en dehors», estimait le tabloïd britannique en 2012.

Le musicien n’a toutefois pas été totalement imperméable aux dépendances du groupe: dans les années 80, il suit une cure de désintoxication à l’héroïne et à l’alcool. Mais il assure avoir totalement décroché. «Cela a été très court pour moi. J’ai juste arrêté, c’était pas quelque chose pour moi», confiait ce musicien taciturne qui a survécu à un cancer de la gorge en 2004.

Fou de jazz et de swing

Né le 2 juin 1941 à Londres, Charlie Watts vient à la musique par le jazz. C’est son voisin Dave Green qui l’initie à 13 ans. Ils formeront trente ans plus tard le quartette The A, B, C & D of Boogie-Woogie.

«Nous écoutions ensemble Duke Ellington, Chet Baker et Charlie Parker et c’était tout ce que nous rêvions de faire», raconte à l’AFP en 2011 cet amateur du swing.

Autodidacte en batterie, le musicien apprend à jouer à l’oreille, en regardant les joueurs dans les clubs de jazz londoniens. «Je ne suis jamais allé dans une école pour apprendre à jouer du jazz. Ce n’est pas ce que j’aime. Ce que j’aime dans le jazz, c’est l’émotion.»

Tout au long de sa carrière avec les Rolling Stones, celui qui tenait ses baguettes à l’envers en frappant avec le gros bout continue en parallèle le jazz. Il enregistre plusieurs disques sous son nom avec un quintette (Charlie Watts Quintet) puis un dixtuor (Charlie and the tentet Watts).

Après des études d’art, il travaille comme graphiste dans une grosse agence de publicité et joue, sur cachet, avec une kyrielle de groupes de jazz à Copenhague, puis à Londres. Il finit par se laisser convaincre en 1963 de rejoindre les Rolling Stones, alors une petite formation balbutiante.

«Je suis béni, disait Keith Richards. Le premier batteur avec qui j’ai commencé il y a 40 ans est l’un des meilleurs au monde. Avec un bon batteur, on est libre de faire tout ce qu’on veut.»

Mais Charlie Watts a toujours affiché une modestie sans faille. Pour lui, «jouer dans un quartette de jazz intimiste et dans des stades avec les Rolling Stones n’est pas si différent».