«On vient sauver ma sœur avec notre kayak»: la colère des Liégeois
Andrée (63 ans), gilet de sauvetage autour du corps, a pu être secourue en kayak par son frère. Crédits: Eda Thomas Longrie
Liège

«On vient sauver ma sœur avec notre kayak»: la colère des Liégeois

À Angleur (Liège), des habitants ont dû être évacués de leur domicile ce vendredi matin par leur propre famille après les importantes inondations. Et ce ne fut pas une mince à entreprendre.

Meubles, planches en bois, vieilles chaises, bibelots à deux sous, cassettes vidéo, quelques livres jonchent ce vendredi matin les trottoirs boueux du quai situé à proximité de la rue de la Dîme, dans le quartier d’Angleur (Liège). Une entité ravagée par les eaux, non loin de la Meuse et de l’Ourthe qui sommeillent, comme si de rien n’était.

Le long du quai, l’atmosphère est lourde. Chacun retient son souffle, dont ces trois policiers locaux postés à l’entrée de la rue de la Dîme, complètement sous eau. À leur arrivée, ils réquisitionnent deux barques découvertes dans une propriété privée à proximité qu’ils mettent à disposition de ceux qui souhaitent aller secourir des proches ou des inconnus.

Les familles de sinistrés arrivent sur les lieux au compte-gouttes, inquiets de ne plus avoir de nouvelles de leurs proches depuis mercredi soir, pour certains. L’heure presse, car certains riverains, sous oxygène, ont besoin d’une assistance médicale. L’angoisse y est palpable.

 

Puisque personne ne peut l’aider malgré nos appels aux services de secours, nous venons nous-mêmes la secourir par nos propres moyens.

 

«On vient sauver ma sœur avec notre kayak»: la colère des Liégeois
«Je suis en colère parce que la Ville devrait réquisitionner des magasins de sports pour qu’ils puissent fournir du matériel, comme, par exemple, des kayaks.» Photo: Eda Thomas LONGRIE
«On vient sauver notre sœur dans la rue du Biez, parce qu’on n’a plus de ses nouvelles depuis ce mercredi soir», souffle Alain. Avec son épouse, il gonfle leur kayak personnel, devant des badauds effarés mais, d’un autre côté, rassurés de voir une telle mobilisation solidaire. «Puisque personne ne peut l’aider malgré nos appels aux services de secours, nous venons nous-mêmes la secourir par nos propres moyens», complète l’épouse d’Alain, Annette Boulangé. «Je suis en colère parce que la Ville devrait réquisitionner des magasins de sports pour qu’ils puissent fournir du matériel, comme, par exemple, des kayaks.»

 

J’ai peur pour lui, je ne tiens pas à être veuve.

 

En voyant son mari monter sur l’embarcation de fortune et s’éloigner, Annette a les mains tremblantes. «Oui, il est plongeur, mais on ne sait jamais ce qui peut se passer. J’ai peur pour lui, je ne tiens pas à être veuve.»

Les minutes s’égrainent, mais un appel téléphonique parvient à Annette. Sa belle-sœur, bien qu’en mauvaise santé, est saine et sauve, coincée au premier étage, dont elle refuse de… sauter.

 

 

On verra ensuite, telle une lueur d’espoir, apparaître au loin Andrée (63 ans), gilet de sauvetage autour du corps, assise dans l’embarcation, alors que son frère pagaye pour la ramener sur le sol.

Cette famille pourra, nous confie-t-elle, «enfin dormir tranquille», alors que les sauvetages se poursuivent, avec notamment l’aide d’un autre plongeur bénévole.