Un Omega-3 tueur de cellules cancéreuses
C’est Emeline Dierge, brillante jeune doctorante de 25 ans, qui a mené cette étude prometteuse.Crédits: Julien Pohl
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Sciences

Un Omega-3 tueur de cellules cancéreuses

Un Oméga-3, le DHA, pourrait être utilisé pour détruire les cellules les plus invasives des cancers, selon une étude prometteuse de l’UCLouvain dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue scientifique Cell Metabolism.

Des scientifiques de l’UCLouvain ont découvert qu’un Oméga – 3 bien connu, le DHA, était capable de bloquer la progression du cancer. Les résultats de cette recherche pluridisciplinaire ont été publiés vendredi dans la revue scientifique Cell Metabolism.

Le DHA ou acide docosahexaénoïque est un acide gras Omega-3, essentiellement présent dans les poissons gras, qui agit sur le fonctionnement cérébral, la vision et la régulation des phénomènes inflammatoires.

Des bioingénieurs spécialistes de la nutrition et des spécialistes du cancer de l’UCLouvain ont découvert que le DHA pouvait neutraliser des cellules tumorales particulièrement agressives.

«La tumeur est exposée à différents types de micro-environnements: en son centre, les cellules cancéreuses évoluent dans un milieu dix fois plus acide que n’importe quel tissu sain, explique Olivier Feron, professeur à l’Institut de recherche expérimentale et clinique. Contrairement aux autres cellules cancéreuses friandes de glucose, celles en zone acide se nourrissent de lipides. Récemment, nous avons découvert que ces dernières sont très invasives et participent au développement des métastases. Cela est vrai pour les cancers de type solide: cancer du sein, de la prostate, colorectal…».

Cheval de Troie

Pour bloquer la progression du cancer, les chercheurs ont eu recours à la stratégie du cheval de Troie en rendant toxiques les lipides dont les cellules tumorales évoluant en milieu acide sont friandes.

Celles-ci engloutissent les DHA mais ne peuvent les stocker correctement, ce qui les empoisonne et finit par les tuer par ferroptose, une forme de mort cellulaire liée à la peroxydation de certains acides gras.

L’étude a été menée sur des souris. «Pour se rapprocher de la biologie du cancer chez l’homme, on a réalisé une culture en trois dimensions de cellules cancéreuses ayant en leur centre une région acide c’est-à-dire que l’on a reproduit in vitro la tumeur tel qu’elle se développe dans l’organisme humain », détaille Emeline Bierge, doctorante en bioingenerie et pharmacologie qui a mené l’étude.

Plusieurs types d’acides gras ont été testés chez la souris: saturés, monosaturés… C’est le DHA, un Omega-3 de la famille des acides gras polyinsaturés, qui s’est avéré le plus efficace c’est-à-dire le plus toxique pour les cellules cancéreuses.

Une des perspectives ouvertes par cette étude est de combiner le DHA avec certains traitements dont la chimiothérapie. Cette dernière qui cible les cellules tumorales utilisant le glucose comme source d’énergie serait renforcée par le DHA chargé de neutraliser les cellules responsables de la prolifération des métastases.

 

 

Des crackers enrichis en DHA à l’apéro?

 

La recherche de l’UCLouvain ouvre d’autres perspectives que thérapeutique. «La première consiste à développer des aliments riches en DHA en profitant de la capacité enzymatique des animaux, avance Yvan Larondelle, professeur à la Faculté de bioingénieurs. En donnant aux salmonidés, les truites arc-en-ciel ou les saumons, des précurseurs qui conviennent, il est possible d’obtenir une chair riche en DHA mais pauvre en contaminants. Les poules, nourries de façon adéquate, pourraient produire des œufs riches en DHA. Et certaines micro-algues synthétisent également le DHA».

Le scientifique évoque d’autres acides gras, naturellement présents dans l’environnement et tout aussi efficaces pour provoquer la ferroptose (mort cellulaire par oxydation). «On pourrait très bien imaginer des cocktails d’huiles pour augmenter la prévention concernant le développement de la tumeur... Et pourquoi pas des crackers enrichis avec ces huiles qui remplaceraient les chips à l’apéro?»

Les Belges sont en carence d’Oméga-3: ils en absorbent en moyenne 100 mg/jour alors que le Conseil supérieur de la santé recommande 250 mg/jour au minimum.