L’addition salée de l’«app» wallonne qui remplace les bornes orange
La Wallonie condamne les postes téléphoniques de secours et vous invite à activer l’application mobile Edwige, conçue par deux sociétés françaises.Crédits: ÉdA
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L’addition salée de l’«app» wallonne qui remplace les bornes orange

Payée au prix fort après marché public, l’application Edwige prend le relais des bornes de secours des autoroutes et routes wallonnes.

241 000€ hors taxes. C’est le montant généreux payé par la SOFICO (Société wallonne de financement complémentaire des infrastructures) pour le développement de l’application mobile Edwige (iPhone, Android). Un montant trop généreux? Décryptage.

Disponible sur smartphone, l’«app» Edwige remplace depuis le 1er mai 2021 les bornes de secours orange des autoroutes et de certaines nationales wallonnes. Les 1 000 postes téléphoniques sont désactivés et en cours de bâchage. En filigrane de cette euthanasie: la chute de l’utilisation (837 appels en 2019), le budget d’entretien et de maintenance (1 million d’€ par an).

Après téléchargement et inscription, Edwige prend le relais et vous aide à contacter le centre Perex en cas de difficulté le long des 1 300 kilomètres de routes couvertes par le service E-RAU. Vainqueurs d’un marché public wallon initié en 2019, deux sociétés françaises ont conçu l’application. Prix: 241 000 HTVA (hors TVA) «comprenant deux années de garantie», dixit la SOFICO.

Même si son efficacité est indéniable, l’«appli» est sommaire, basique, sans fioriture. Elle compte grosso modo une dizaine d’écrans. Pour faire court, Edwige vous localise et pré-encode pour vous le numéro du centre Perex ou du 112 en cas d’accident, de panne ou d’incident à signaler. «En plus de l’appel téléphonique, l’application devra être capable de transmettre au centre de gestion de trafic la géolocalisation du véhicule et son sens de circulation», précisait en avril 2019 l’appel d’offres.

Cinq à dix fois trop cher?

En surface, les services de l’application peinent à justifier un budget de 241 000€ HTVA. «C’est cinq à dix fois trop», nous glisse à l’oreille un développeur liégeois d’applications. «C’est au mieux entre 25 000 et 50 000€».

Évidemment, la relative simplicité d’une application en surface peut cacher une certaine complexité dans les fondations. Entre la rémunération du chef de projet, le matériel, le nombre de jours de développement ou encore de tests, il existe une myriade de paramètres budgétaires. Même en tenant compte de cette complexité, «j’ai un trou de 120 000€ dans le budget qui mérite des explications», confie un autre expert.

«Le développement dépasse de loin le cadre d’une simple interface utilisateur», insiste la Société wallonne de financement complémentaire des infrastructures (SOFICO). «Il comprend notamment la mise en place d’un back-office, de connexions au système Perex, d’une intégration à l’interface des opérateurs. On a également prévu la possibilité d’intégrer d’autres services dans le futur.»

L’indicatif français par défaut

Au-delà des justifications de la SOFICO, certains indices laissent à tout le moins penser que le projet a progressé dans une certaine légèreté. Si on peut supposer que l’«appli» a subi une batterie de tests, personne n’a remarqué ce qui se voit comme le nez au milieu du visage: l’indicatif français +33 proposé par défaut au moment d’encoder son numéro de téléphone. «Des mises à jour sont prévues et la première doit englober sous peu la modification du pré-encodage téléphonique», rassure la SOFICO.

L’addition salée de l’«app» wallonne qui remplace les bornes orange
Dans deux formulaires différents, l’appli Edwige propose par défaut l’indicatif français +33 dans la case réservée au numéro de téléphone. Photo: Captures d’écran

Le site web de l’un des deux développeurs français est a contrario loin de rassurer. Sur la page dédiée au développement d’une «application mobile sur mesure», la société se targue d’assurer «[…] votre présence sur l’ensemble des smartphones (iPhone, Androïd, Windows Phone 8,..), des tablettes (iPad, Windows8, Androïd etc).» Deux points piquent les yeux: Androïd au lieu de Android, la référence à Windows Phone 8, un système d’exploitation né en 2012, enterré en 2017.

Dans la catégorie des approximations, le site officiel de Hedwigesurprend également. «Edwige – Un site utilisant WordPress», clame en tout amateurisme la page d’accueil. Quant au nom de domaine, il fait appel à une URL européenne (.eu), en lieu et place d’une URL (.be) qui semble couler de source pour un site wallon.

L’avenir des bornes

Que vont devenir les bonnes vieilles bornes, qui seront toutes cachées et bâchées d’ici la mi-juillet? «Un groupe de travail se penche sur le calendrier de démantèlement et l’avenir des bornes», indique la SOFICO. «Plus d’informations suivront par la suite.»