C’est la Journée internationale des infirmiers et infirmières: «Dans cette fonction, on a un lien avec tout le monde»
Ginette Lenain a choisi d’être infirmière à domicile. Crédits: ÉdA Philippe Labeye
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Santé

C’est la Journée internationale des infirmiers et infirmières: «Dans cette fonction, on a un lien avec tout le monde»

Ce mercredi 12 mai, c’est la Journée internationale des infirmiers et infirmières. L’occasion de les placer sous le feu des projecteurs, surtout après cette année éprouvante. Ginette Lenain est infirmière à domicile, elle a fait face à la crise, dans l’intimité de ses patients. Elle a aussi créé un consortium infirmier pour aider à la lutte contre le coronavirus.

Voilà 38 ans que Ginette Lenain est infirmière. Un choix largement assumé pour cette Verviétoise de 61 ans qui a toujours su que ce métier serait le sien. «J’ai toujours voulu aider les gens, explique l’infirmière indépendante. J’aime le contact humain que permet ce métier et aussi tout le côté scientifique. Infirmier, c’est un métier qui renferme beaucoup de facettes.»

Après un cycle d’études à Bruxelles, Ginette Lenain exerce durant 18 mois dans une clinique dans le sud de la France. Une expérience passionnante avant un retour en Belgique et le début de sa longue carrière comme infirmière à domicile. «J’ai commencé par réaliser des prises de sang puis, via des médecins et des pharmaciens, j’ai commencé les soins chez les patients. Au début, c’était du 7 jours sur 7 puis j’ai travaillé avec une collègue avant de constituer une petite équipe d’infirmières à domicile.»

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Avec les années, Ginette Lenain n’a jamais voulu changer de secteur. Les soins à domicile, c’est fait pour elle. «Dans cette fonction, on a un lien avec tout le monde. Le patient, son médecin traitant, l’hôpital si c’est nécessaire. C’est très enrichissant. Ce que je trouve très important aussi dans le travail à domicile, c’est la relation privilégiée que l’on va entretenir avec le patient. Connaître son quotidien, son environnement, ça aide aussi à comprendre la personne, à s’adapter à ses besoins. Il faut aussi reconnaître que des souvenirs forts et marrants peuvent naître avec les patients. Il y a des familles où j’ai soigné les grands-parents, les parents, les enfants et même les arrière-petits-enfants.»

«Une fin de carrière très spéciale»

Passionnée et dotée d’une grande expérience, Ginette Lenain a dû, comme tous ses collègues, faire face à la crise du coronavirus. Quand on travaille dans les soins à domicile, dans l’intimité du patient, cela peut parfois être plus difficile à vivre. «Le Covid renvoie à sa santé personnelle, poursuit-elle. C’est très difficile d’aller chez les patients Covid quand on a été soi-même malade ou qu’un proche l’a été. Ça change sa vision des choses. J’ai eu la chance que personne de mon entourage ne soit touché par la maladie mais j’ai vu des patients très gravement atteints, des personnes de retour de réanimation. Je pense notamment à un patient qui est resté entre la vie et la mort durant plusieurs semaines. On ne savait pas ce qui allait se passer pour lui et on ne connaissait pas encore tout ce qu’on sait aujourd’hui sur le virus. C’était très difficile. Aujourd’hui, après plusieurs mois, il reconduit sa voiture. Il fait partie des 2-3 miraculés à Verviers. Quand on y réfléchit, je comprends que si un proche, si un membre de sa famille a été touché par le virus, une infirmière dise qu’elle ne veut pas se rendre chez un patient Covid. Oui, des collègues ont évité ces situations. J’ai eu la chance d’être protégée donc ça ne m’a pas gênée. C’est vrai qu’au début, on ne savait pas face à quoi on était mais après les 2-3 premières semaines critiques, on a su prendre les choses en main. On a retéléphoné aux gens, on a écouté, on a eu de très bonnes relations avec les médecins traitants aussi.»

Et si elle adore son métier, elle reconnaît aussi le poids qu’une telle crise peut représenter. «Je pense aux jeunes infirmiers. Commencer une carrière comme ça, avec une crise sanitaire, ça doit être très difficile, surtout quand on n’a pas un bagage encore très solide. Il y a eu de la peur mais il ne fallait pas en avoir trop. Avec le temps, les discussions et les échanges avec d’autres professionnels, comme les médecins, tout est allé mieux. Mais il y a eu de la fatigue. Gérer une telle crise demande une énergie importante, c’est une charge de travail à supporter et je n’en avais plus conscience. Physiquement et mentalement, ça a pesé mais je savais que je n’étais pas seule. Avec l’équipe, on a pu se reposer l’une sur l’autre. C’est une chance.»

Présidente du Cercle infirmier à domicile de l’Est de la Belgique (Cideb), Ginette Lenain est également à l’origine de la création d’un consortium infirmier qui œuvre dans la lutte contre le coronavirus. Renfort au testing, réalisation de tests PCR à domicile ou encore aide à la vaccination sont les missions que les infirmiers et infirmières qui ont signé cette convention remplissent en plus de leurs prestations classiques. «On voulait aussi organiser des tournées de patients Covid mais ça n’a pas pu se mettre sur pied. Ce qui est génial avec les renforts des infirmiers du consortium pour la vaccination notamment, c’est qu’on y voit des gens heureux, contents de se faire vacciner. Personne ne se plaint. Pour les collègues, c’est parfois une bouffée de joie de vacciner. Et pour moi, personnellement, je me dis que c’est une fin de carrière très spéciale. Une situation pareille, ça ne se vit pas dans toutes les vies.»