Non prioritaires mais vaccinés contre le Covid-19, avec la complicité des médecins généralistes
Sans rentrer dans les critères de vaccination établis par le gouvernement, certains arrivent à se faire vacciner.Crédits: EdA Mathieu Golinvaux
RÉGIONS

Non prioritaires mais vaccinés contre le Covid-19, avec la complicité des médecins généralistes

Avec la complicité de leur médecin généraliste, certains usent de passe-droits pour contourner le calendrier vaccinal.

«Il était hors de question que j’attende encore un mois ou deux, voire plus, avant d’être vaccinée contre le coronavirus. Surtout avec la profession que j’exerce.» Elle n’est pourtant ni infirmière, ni médecin. Simplement, si l’on peut dire, commerçante en région liégeoise ayant, dit-elle, «la peur au ventre d’attraper un de ces jours cette maladie mortelle, voire encore de la transmettre à l’un de mes proches».

Ne présentant aucune comorbidité, elle n’avait aucune raison d’être vaccinée il y a quelques jours. Sauf que Vinciane (prénom d’emprunt) est parvenue, comme d’autres, à obtenir la précieuse injection. Sans donc rentrer dans les critères de vaccination établis par le gouvernement.

Et ils sont nombreux à user de ce subterfuge ou plutôt de cette faille dans le système. Leurs méthodes? Simplement un «arrangement» avec leur médecin. Ou plutôt une demande. Ou dans certains cas, c’est le médecin qui le propose à ses patients. Avec la complicité de son généraliste, Vinciane a donc pu obtenir son sésame en un temps record: une convocation pour se faire vacciner dans un centre de vaccinations proche de son domicile. Avec, en prime, le choix de son vaccin puisqu’elle a changé la date de son rendez-vous pour pouvoir bénéficier du Pfizer alors qu’on lui proposait l’Astra Zeneca.

 

 

 

En tant que médecins, nous devons être à l’écoute de nos patients.

 

Pour ce médecin généraliste contacté par nos soins et qui accepte de s’exprimer sous le couvert de l’anonymat, de nombreux patients «à la limite» des critères de comorbidité vivent comme une injustice leur exclusion de la campagne de vaccination. «En tant que médecins, nous devons être à l’écoute de nos patients», expose-t-il. «Certains ont peur d’attraper le virus et nous demandent si on ne peut rien faire pour les aider à être vaccinés plus rapidement. Et pour éviter une certaine angoisse parmi ces personnes, je les signale comme personnes à risques.» La pratique se sait et prend de l’ampleur, selon nos informations.

Tom, lui, ne s’en cache pas: s’il a demandé à se faire vacciner le plus vite possible, c’est dans l’espoir de pouvoir voyager de nouveau, de rencontrer davantage de personnes sans prendre le risque d’être contaminé. «Je vis avec la peur au ventre depuis que ma grand-mère en est morte», dit-il. «Je ne souhaitais ni attraper le coronavirus, ni le refiler à quelqu’un. Alors, quand un de mes amis m’a conseillé d’appeler mon médecin pour lui demander un passe-droit, j’ai sauté sur l’occasion. Je suis peut-être passé devant quelqu’un qui en avait davantage besoin que moi, mais on vit dans un monde d’égoïstes. Et puis, si le médecin a estimé bon de me placer sur la liste, c’est qu’il a ses raisons.»

 

 

 

S’il y a des abus, ceux-ci sont plutôt marginaux.

 

La ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale (PS), déplore cette pratique dont elle n’avait pas connaissance. «Nous ne savons malheureusement pas vérifier les personnes soi-disant à risques renseignées par les médecins généralistes puisque cela relève du secret médical», nous explique-t-elle. «Le médecin généraliste a le droit, et c’est son rôle, d’identifier dans sa patientèle les personnes à risque pour qu’elles puissent être vaccinées, mais on ne sait effectivement pas vérifier les renseignements transmis. Comme on a commencé la vaccination des personnes ne souffrant pas de comorbidités, la vaccination s’accélère et chacun aura son tour...» Sans doute beaucoup plus vite que prévu. Il n’y a donc aucune raison de bousculer le calendrier vaccinal comme certains.

Et la ministre wallonne de la Santé d’ajouter que «s’il y a des abus, ceux-ci sont plutôt marginaux» au regard des chiffres de personnes vaccinées dont elle dispose.