Prévention suicide: rush des appels après chaque Comité de concertation
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Marche-en-Famenne

Prévention suicide: rush des appels après chaque Comité de concertation

Le Covid n’a pas causé plus de suicides, mais les appels de détresse sont légion surtout après les Comités de concertation.

L’ASBL Un Pass dans l’impasse s’occupe notamment de prévenir le suicide et a une démarche proactive. Premier constat: comme partout ailleurs, la pandémie n’a pas entraîné d’augmentation de suicides. Que du contraire, on voit même un fléchissement de la courbe. Preuve, s’il en est que le travail des associations comme Un Pass dans l’impasse paye. Entretien avec la psychologue Florence Ringlet, en charge de l’antenne marchoise, mais aussi directrice thérapeutique pour l’ensemble de l’ASBL.

Mme Ringlet, qu’avez-vous constaté pendant la pandémie?

On a remarqué que la crise a œuvré comme un miroir grossissant révélant les lignes de fragilité. On a constaté des troubles psychiatriques nouveaux comme l’anxiété, la dépression, etc. (une augmentation de 15 à 18% chez les adultes et de 36% de troubles anxieux chez les jeunes). Il y a eu aussi une exacerbation de troubles existants. Les comportements suicidaires au début de mars 2020 ont été mis de côté. Comme si la problématique suicidaire était gelée. En fait, la dimension d’efforts collectifs imposés par le confinement reléguait la souffrance individuelle au deuxième plan

Pour mieux ressurgir au déconfinement?

Prévention suicide: rush des appels après chaque Comité de concertation
La psychologue Florence Ringlet, responsable de l’antenne marchoise de l’ASBL Un Pass dans l’impasse. Photo: -
Oui, on en a discuté entre psys. On a proposé des consultations en visioconférence ou par téléphone et on a contacté chacun de nos patients, même ceux qui voulaient suspendre leur suivi thérapeutique. Et c’est d’autant plus vrai que des patients nous disaient au téléphone «Je postpose mon passage à l’acte après le confinement parce que je sais exactement à quel endroit je veux en finir» Et une fois, j’ai demandé à un patient ce qui l’empêchait de passer à l’acte sur le champ, il m’a répondu, et c’était un jeune, qu’il ne se suiciderait pas parce qu’il pleuvait!

C’était une manière de se faire remarquer, du bluff?

Non, absolument pas. On s’est rendu compte que ce ne sont pas des cas isolés. C’est tout le paradoxe du suicide. Il y a encore une partie d’eux qui vit et une autre partie impulsive qui pourrait décider à tout moment de passer à l’acte. On a suivi ce jeune homme qui a été hospitalisé et qui est toujours en vie.

Fort curieusement aussi, des patients qui avaient mis leur souffrance de côté et qui prenaient sur elles avaient assez paradoxalement peur du Covid.

Le suicide, cause première des décès des 15-24 ans

Pourquoi ça, c’est paradoxal que quelqu’un qui a des tendances suicidaires ait peur du Covid?

Cette peur vient de ce que cette personne n’aurait plus le contrôle. En quelque sorte, elle ne voulait pas que le Covid décide pour elle.

En juin-juillet derniers, cela a été le rush?

Non, on a eu beaucoup de nouveaux patients et parmi ceux-ci beaucoup de pros de la santé qui étaient au bout du rouleau. Ils croyaient être partis pour un sprint, or c’est un marathon. qu’ils ont eu à courir avec un stress chronique, des mesures qu’on prend et qu’on retire. Or, il n’y a pas de confiance en ces mesures; il y a un manque d’équité car des gens sont enfermés dans un petit appartement les uns sur les autres; il y a aussi un sentiment d’insécurité.

Combien de consultations à l’antenne de Marche?

De plus en plus, je suis à 106% des visites: nous traitons de nouvelles personnes et dès qu’il y a une nouvelle annonce du COmité de concertation, les anciens sonnent pour prendre rendez-vous. À Marche en janvier et en mars, cela a fort augmenté. Maintenant, on a une demi-journée de plus pour les consults.

Quelles tranches d’âge vous contactent surtout?

Les 15-24 ans, sont les plus nombreux; suivis par les 45-54. Le suicide est la première cause de mortalité chez les 15-24 ans. Jusqu’il y a peu, les accidents de la route étaient la cause première. Maintenant, c’est le suicide. Chez les 25-34 ans, c’est aussi la 1re cause. Dans les tranches d’âge supérieures, ce n’est pas le cas, mais il y a des accidents de la route qui sont des suicides et qu’on ne comptabilise pas comme tels.

Mille appels en plus

L’ASBL Un Pass dans l’impasse possède huit antennes en Wallonie dont une à Marche gérée par Florence Ringlet et Ibtissam Kaïdi pour l’ensemble de la province de Luxembourg. L’équipe de cette ASBL est composée de sept psychologues, un assistant social et deux accueillantes, n’attend pas seulement que les personnes qui ont des idées suicidaires les contactent, elle possède en effet un arsenal de moyens pour aller à la rencontre de ces personnes.Cette ASBL agit à la fois comme centre de prévention du suicide et d’accompagnement; centre de référence de prévention du suicide; centre de prévention et de promotion de la santé en milieu carcéral et un dispositif de soutien pour les indépendants en détresse (service gratuit). Le central téléphonique de l’ASBL basé à Namur a enregistré plus de 1 000 appels supplémentaires après les comités de concertation des mois de février et mars derniers, tellement les gens plus fragiles sont inquiets. Les psys sont débordés, tout comme les institutions qui s’occupent de santé mentale.

L’ASBL recherche des sentinelles

Une des missions de l’ASBL Un Pass dans l’impasse est de former des sentinelles. Pas besoin d’être psy pour cela.

C’est ouvert à tout le monde. Il suffit de suivre une petite formation. Une sentinelle bénévole va, au sein d’une entreprise, d’une école, d’une institution, être attentive à ses collègues.

Dès qu’elle remarque que quelqu’un ne va pas bien et a besoin d’aide, elle alerte l’ASBL qui contactera le collègue qui sera libre de répondre ou pas.

Pour devenir une sentinelle: 081 777 150 et www.lesuicide.be