Les fêtes foraines et kermesses au patrimoine immatériel bruxellois: «Humer l’odeur des smoutebollen»
La Foire du Midi est sans doute la kermesse la plus emblématique de ce patrimoine bruxello-belge. Qui trouve des échos en France aussi. Crédits: ÉdA – Julien RENSONNET
BRUXELLES

Les fêtes foraines et kermesses au patrimoine immatériel bruxellois: «Humer l’odeur des smoutebollen»

Comme le chicon, le spéculoos ou le fritkot, la kermesse est désormais inscrite au Patrimoine immatériel bruxellois. L’Unesco pourrait même s’en mêler.

Les fêtes foraines et les kermesses sont désormais inscrites à l’inventaire du patrimoine immatériel bruxellois. La demande était portée par l’association la Défense des Forains Belges. Cette inscription se veut être une première étape vers une reconnaissance plus large. Dans la foulée, la Région bruxelloise a introduit une demande de reconnaissance officielle auprès de l’UNESCO en partenariat avec le ministère de la Culture français et le musée des arts forains de Bercy, a annoncé lundi le secrétaire d’État en charge du Patrimoine, Pascal Smet (one.brussels/Vooruit).

Humer l’odeur des smoutebollen, se faire tourner la tête dans le Rotor et retourner l’estomac dans les montagnes russes, faire découvrir la pêche aux canards aux enfants…

Selon celui-ci, ce dossier est le premier dossier international du Patrimoine culturel immatériel porté par Bruxelles. Il est aujourd’hui à l’instruction auprès de cette organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.

«Se retrouver pour humer l’odeur des smoutebollen, se faire tourner la tête dans le Rotor et retourner l’estomac dans les montagnes russes, jouer à la loterie ou faire découvrir la pêche aux canards aux enfants tandis que les ados s’écharpent dans les autotamponneuses. Sans oublier la mythique grande roue et les autres manèges. Nous avons tous des souvenirs liés aux grandes foires ou aux petites kermesses de quartier. Ce divertissement historique mérite une reconnaissance et une protection nationale et internationale. Nous en sommes privés depuis plus d’un an. C’est aussi un message de solidarité et d’espoir que nous envoyons à la famille des forains», a commenté Pascal Smet.

Depuis le Moyen Âge

La fête foraine – la kermesse – tire ses racines du Moyen Âge et de ses franches foires. La tradition est plus ancienne encore, remontant à l’Antiquité, mais c’est au XIXe siècle que la foire connaît son développement le plus important. Elle se diversifie et, avec les évolutions techniques et l’organisation des grandes expositions universelles, propose à un public toujours plus avide de sensations fortes des attractions de plus en plus sophistiquées dérivant des inventions nouvelles.

En Belgique, la communauté des forains compte près de 2.000 personnes. Constituant une famille à part entière, répartie en 330 entreprises en Wallonie, 75 à Bruxelles et 440 en Flandre, elle est soucieuse de transmettre son savoir et ses traditions de génération en génération.

Les fêtes foraines et kermesses au patrimoine immatériel bruxellois: «Humer l’odeur des smoutebollen»
Des kets sur la Foire du Midi en 1966. Photo: BELGA

De mars à novembre, les kermesses sont indissociables des plus importantes manifestations de tradition populaire: carnavals, marchés annuels, processions, fête nationale, et, depuis ces dernières décennies, marchés de Noël. Pour le territoire bruxellois, près de 40 fêtes foraines sont organisées par an dans l’ensemble des 19 communes. La foire du Midi en juillet est la plus importante, accueillant durant 5 semaines près de 1,5 million de visiteurs, mais d’autres foires, comme celles d’Anderlecht, Jette, Forest ou encore Laeken, ont également une histoire très ancienne.

Les défis de «la grande tournée»

Les défis que surmonte la communauté des forains sont multiples: maintien des foires en centre urbain et cohabitation, respect des législations environnementales, éducation, attentats, crise sanitaire. Organisés en associations depuis le début du XXe siècle afin de défendre le secteur face aux autorités responsables, les forains voyagent de ville en ville, d’une fête à l’autre, avec leurs attractions et voitures de ménage.

Les forains bruxellois voyagent dans toute la Belgique. Si certains ne fréquentent que les foires de la Région de Bruxelles, la plupart participent aux plus grandes foires du pays comme celle de Bruges, de Louvain et de Liège, ce qu’ils appellent la «grande tournée». Véritables ambassadeurs du dialecte bruxellois, ils revendiquent en chœur (et en cœur) être Bruxellois (et non exclusivement francophones ou néerlandophones).