Novak Djokovic après son sacre à Melbourne: «Le succès le plus compliqué émotionnellement»
Le Serbe a remporté son 18e Majeur.Crédits: AFP
TENNIS

Novak Djokovic après son sacre à Melbourne: «Le succès le plus compliqué émotionnellement»

Novak Djokovic a décroché dimanche un neuvième titre record à l’Open d’Australie, soit son 18e Majeur, puis a convenu avoir vécu «le tournoi du Grand Chelem le plus compliqué émotionnellement» de toute sa longue carrière.

«D’un point de vue émotionnel, avec tout ce qui s’est passé sur le court, ma blessure, et en dehors, les quarantaines, c’est sans doute le tournoi du Grand Chelem le plus compliqué que j’ai joué» a convenu le N.1 mondial serbe après sa large victoire 7-5, 6-2, 6-2 sur Daniil Medvedev.

«Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces quatre dernières semaines ont été des montagnes russes. Au début, on ne se sentait pas tellement les bienvenus, à en juger par les médias. Mais au bout du compte le tournoi a été un succès pour Tennis Australia (la fédération organisatrice) et pour l’Australie en tant que pays. On espère tous vivre d’autres tournois comme celui-là, mais il y a peu de chances de jouer d’autres tournois avec du public. Moi, j’ai dépensé beaucoup d’énergie et de temps, avec mon équipe, pour être assis ici avec le trophée.»

Maintenant que je suis sûr de devenir le N.1 historique, je suis soulagé. Je vais pouvoir me concentrer principalement sur les Grands Chelems.

Evoquant le fait d’avoir gagné un neuvième titre à Melbourne, et un 18e trophée du Grand Chelem, Djokovic a expliqué: «Même si j’ai eu la chance de remporter beaucoup de Majeurs et de jouer de nombreuses finales majeures dans ma vie, j’apprécie chacun de ces succès plus encore que le précédent parce que je sais que, plus le temps passe, plus il me sera difficile de brandir de nouveau un trophée majeur. Il y a les jeunes qui arrivent, qui ont aussi faim, voire plus, que moi, et ils deviennent difficiles à battre pour moi, mais aussi pour Roger (Federer) et Rafa (Nadal). Ce n’est pas que je me sente vieux ou fatigué. Mais je sais que d’un point de vue biologique, et en les regardant en face, les choses ne sont plus les mêmes pour moi qu’il y a dix ans. Je dois être plus intelligent au niveau de mon emploi du temps et atteindre mon pic de forme au bon moment. Les tournois du Grand Chelem sont ceux où je veux être le meilleur. Donc maintenant que je suis sûr de devenir le N.1 historique en ayant passé le plus grand nombre de semaines N.1 (il entamera le 8 mars sa 311e semaine, une de mieux que le record actuel de Federer, ndlr), je suis soulagé. Je vais pouvoir me concentrer principalement sur les Grands Chelems. Quand on vise la place de N.1, on est obligé de jouer, et de bien jouer, toute la saison. Mes objectifs vont donc s’adapter et bouger un peu. Je vais donc ajuster mon calendrier, ce que j’attends avec impatience en tant que père et mari.»

Djokovic a accepté de préciser la nature de sa blessure survenue en huitièmes de finale contre Taylor Fritz. «C’est une déchirure du muscle abdominal oblique. Je l’ai ressentie tout de suite quand elle s’est produite contre Fritz au troisième tour. C’est ce que j’avais dit lors de mon interview d’après-match. Je sais que ça a donné lieu à de nombreuses spéculations, les gens se demandaient comment je pouvais me remettre si vite si j’étais vraiment blessé, disaient que c’était impossible. Je le comprends. Tout le monde a le droit d’avoir son opinion et chacun a le droit et la liberté de dire ce qu’il veut, de critiquer les autres. J’ai juste trouvé que c’était parfois injuste. Mais bon, ce n’était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière.» . Q: Etes-vous touché par ces critiques constantes? R: «Bien sûr, ça me touche. Je suis un être humain comme vous, comme n’importe qui. Je ressens des émotions. Je n’aime pas être ouvertement attaqué dans les médias. Je ne peux pas dire que je m’en moque. Mais je pense avoir développé une peau épaisse au cours de ces années pour amortir ce genre de choses et pouvoir me concentrer sur ce qui est le plus important pour moi.» Q: A l’âge de Medvedev (25 ans), vous aviez déjà remporté six titres du Grand Chelem et perdu deux finales contre Federer et Nadal. Pourquoi les jeunes n’y arrivent pas aujourd’hui? R: «Ils en ont les qualités. Dominic (Thiem) l’a prouvé en remportant l’US Open. Je pense juste que Roger, Rafa et moi nous parvenons toujours à jouer notre meilleur tennis en Grand Chelem. Nous savons quoi faire, nous savons gagner des matchs en cinq sets sur différentes surfaces. Ça rend les choses plus compliquées pour les jeunes. Medvedev fait sans aucun doute partie des joueurs à battre. Tsitsipas, Zverev, Medvedev, ils ont tous remporté les Masters de fin d’année, plusieurs Masters 1000 et sont bien classés. Ils ont tous joué en demi-finale et finale de Majeurs. Donc ce n’est qu’une question de temps... J’espère que ce ne sera pas bientôt.»

Ivanisevic: «Il avait tellement besoin de cette victoire»

Critiqué pour son attitude sur et hors du court, Novak Djokovic a remporté dimanche son 9e Open d’Australie et s’est ainsi relancé sportivement: «il avait tellement besoin de cette victoire», a confié son entraîneur Goran Ivanisevic.

«Il traverse une période très difficile, surtout après l’US Open l’an dernier (disqualifié en 8es de finale pour avoir envoyé une balle sans le faire exprès sur une juge de ligne, ndlr) et sa mauvaise finale de Roland-Garros (surclassé en trois sets par Rafael Nadal)», a expliqué le coach croate.

«En arrivant ici (en Australie), il a essayé d’aider les autres joueurs pendant la quarantaine. Il est le seul à l’avoir fait», a ajouté Ivanisevic en référence à une lettre adressée par Djokovic aux organisateurs du tournoi pour tenter d’alléger les conditions de vie de ses collègues en quarantaine dans un hôtel. Il avait notamment demandé la mise à disposition de maisons avec des courts de tennis pour pouvoir s’entraîner, mais avait reçu pour réponse un «non» catégorique.

«Et tout le monde lui tombe dessus, a accusé Ivanisevic. Il n’y a personne d’autre, alors on s’en prend à Novak.»

«Les gens trouvent à redire à tout ce qu’il fait. S’il dit quelque chose, c’est pas bien. S’il ne dit rien, ce n’est pas bien non plus», a regretté le coach.

«Et puis il y a eu la blessure, venue de nulle part. Incroyable. Pour être honnête, je n’arrive pas à croire que je suis là en conférence de presse en tant que membre de l’équipe du gars qui a remporté son neuvième Open d’Australie», a-t-il ajouté. «Et même sa blessure a été remise en cause! Il a passé une IRM après son match contre Fritz (au 3e tour lorsqu’il s’est blessé). Le médecin a dit ce qu’il avait. Et on lui a donné le choix. Il y a des gens qui peuvent supporter la douleur. D’autres ne peuvent pas», a raconté l’entraîneur.

Djokovic a répété dimanche en conférence de presse ce qu’il avait dit tout de suite après son match contre Fritz, qu’il s’agissait bien d’une «déchirure abdominale».

La façon dont il avait pu jouer par la suite avec ce type de lésion avait surpris.

«Le match clé a été celui contre Raonic (en 8e de finale), et ensuite celui contre Zverev (en quarts, où le Serbe souffrait toujours). Ensuite, c’est allé de mieux en mieux et aujourd’hui c’était un véritable chef d’oeuvre», a estimé Ivanisevic. «Il a montré une nouvelle fois au monde à quel point il était grand, a-t-il ajouté. C’est son tournoi, comme Roland-Garros est celui de Nadal. Le remporter neuf fois c’est incroyable. Et cette victoire est encore plus douce quand on sait ce qu’il a, les émotions et les souffrances qu’il a traversées.» .