«Faisceau d’indices graves et précis»: 25 ans de prison requis en appel contre Van Eyken et Sylvia
Les accusés Christian Van Eyken et Sylvia risquent chacun 25 ans de prison. Crédits: BELGA
JUDICIAIRE

«Faisceau d’indices graves et précis»: 25 ans de prison requis en appel contre Van Eyken et Sylvia

L’avocate générale de la cour d’appel de Bruxelles ne semble pas plus convaincue que le tribunal correctionnel de l’innocence de Christian Van Eyken et de son épouse Sylvia dans la mort de Marc Dellea. Elle requiert une peine quasi équivalente: 25 ans de prison.

L’avocate générale a requis, mercredi en fin de matinée, devant la cour d’appel de Bruxelles, des peines de 25 ans de prison à l’encontre de l’ancien député Christian Van Eyken et de Sylvia B., pour l’assassinat du compagnon de cette dernière, Marc Dellea, retrouvé mort d’une balle dans la tête le 8 juillet 2014 chez lui à Laeken. La magistrate a déclaré avoir «l’intime conviction», sur base d’un «faisceau d’indices graves, précis et concordants», que les deux prévenus sont les coupables.

«Les prévenus ont passé toute la soirée du 6 juillet 2014 dans l’appartement [de la victime et Sylvia B.], durant la seule et unique semaine de congé de l’année du concierge, alors que la fille de Marc Dellea et Sylvia B. était aussi absente et que les chiens n’étaient pas là non plus. Ils sont les derniers à avoir vu la victime vivante», a exposé l’avocate générale.

«Les enquêteurs ont investigué toutes les pistes», a-t-elle assuré, affirmant que la piste du cambrioleur ou du tueur à gage ne tenait pas la route. Par contre, a-t-elle poursuivi, «il est clair qu’il y avait des tensions dans le couple de Sylvia B. et de Marc Dellea, en attestent de nombreux SMS vulgaires de la prévenue, et qu’il y avait des questions d’argent. Marc Dellea tenait tête à Sylvia B. au sujet de la garde de leur fille, ce qui a poussé les prévenus à aller si loin», a encore avancé la procureure.

«Il n’y avait rien d’urgent»

La partie civile a également insisté sur la présence des prévenus dans l’appartement ce soir du 6 juillet 2014 jusque tard dans la nuit. «Tout montre que Marc Dellea était mal à l’aise avec la présence de Christian Van Eyken, et cela n’a pas de sens que les prévenus ont choisi d’aller travailler sur les dépenses électorales là-bas, un dimanche soir jusque tard, alors qu’il n’y avait rien d’urgent, que c’était le congé parlementaire et que la fille de Sylvia B. n’était pas au domicile», a plaidé Me Nikolaos Korogiannakis. «Christian Van Eyken et Sylvia B. sont venus à l’appartement et ont attendu le retour de Marc Della pour le tuer ensuite dans son sommeil», a soutenu l’avocat.

Dans son réquisitoire, l’avocate générale a également rappelé tous les éléments de l’enquête, à commencer par les images des caméras de vidéosurveillance de l’immeuble où se trouve l’appartement de la victime et de la prévenue, avenue Mutsaard à Laeken.

Elles montrent que Christian Van Eyken et Sylvia B. s’y sont rendus le 6 juillet 2014 et y ont passé toute la soirée jusqu’au retour de Marc Dellea vers 23h00.

Selon les images, les prévenus sont ressortis de l’appartement le 7 juillet 2014 à 01h20 du matin. Personne n’était ensuite entré dans l’appartement ou sorti de celui-ci, jusqu’à la découverte du corps sans vie de Marc Dellea le lendemain, 8 juillet vers 15h00, par Sylvia B.

«Elle a affirmé d’emblée qu’il faisait beaucoup de bêtises»

«La prévenue a demandé à une voisine d’appeler les secours et lorsque la police est arrivée, elle leur a affirmé d’emblée que Marc Dellea faisait du trafic avec des véhicules, qu’il possédait beaucoup d’argent en liquide, qu’il faisait beaucoup de bêtises…», a rappelé la procureure. Elle a précisé que la prévenue avait prétexté venir rechercher son GSM, oublié dans l’appartement la nuit du 6 au 7 juillet, soit plus de 24 heures après, alors qu’elle était accro à son téléphone portable.

La magistrate a encore précisé que, quelques minutes après le retour de Marc Dellea le 6 juillet, son GSM a été coupé, alors qu’il ne le fermait jamais. L’appareil n’a par ailleurs jamais été retrouvé.

Elle a terminé son réquisitoire par les éléments de personnalité des prévenus, sur base de témoignages accablants. Notamment, les enfants de Christian Van Eyken avaient raconté avoir subi les brimades de leur père toute leur enfance, et avoir subi de la violence physique et morale de sa part, avant de finalement rompre tout contact avec lui. Quant à Sylvia B., plusieurs témoins l’ont dépeinte comme une manipulatrice. L’enquête a entre autres montré qu’elle s’était faite passer pour quelqu’un d’autre auprès de l’ex-femme de Christian Van Eyken pour tenter d’obtenir des informations dans le cadre d’une procédure en justice.

Le procès se poursuivra lundi après-midi avec les plaidoiries de la défense.

Le rappel des faits

Marc Dellea, un négociant en café âgé de 45 ans, avait été retrouvé mort chez lui, avenue Mutsaard à Laeken, après avoir reçu une balle dans la tête. L’enquête s’était tournée vers la compagne de la victime, Sylvia B., et Christian Van Eyken, alors député au Parlement flamand. Sylvia B. était son attachée parlementaire et sa maîtresse.

Christian Van Eyken et Sylvia B. étaient les dernières personnes à avoir vu Marc Dellea vivant. Ils s’étaient rendus dans l’appartement de celui-ci, avenue Mutsaard à Laeken, où Sylvia B. était toujours domiciliée, le 6 juillet 2014. Ils y avaient passé toute la soirée jusqu’au retour de Marc Dellea vers 23h00.

Selon les images de caméra de vidéosurveillance, les prévenus étaient ressortis de l’appartement plusieurs heures après, le 7 juillet 2014 vers 02h00 du matin. Ces images montrent que personne n’était ensuite entré dans l’appartement ou sorti de celui-ci jusqu’à la découverte du corps sans vie de Marc Dellea le lendemain.

Les amants devenus époux en 2018 ont toujours nié toute implication dans la mort de Marc Dellea mais le tribunal correctionnel de Bruxelles les avait reconnus coupables d’assassinat et condamnés à 23 ans de prison. Ils ont ensuite fait appel de cette décision qu’ils contestent.