Poches pleines de billets, polygraphe et extraterrestres au procès du couple Van Eyken
La personnalité des accusés, Christian Van Eyken et sa femme Sylvia, est en débat à leur procès en appel. Ils sont accusés de l’assassinat de Marc Dellea, négociant en café et ex de Sylvia. Crédits: BELGA
JUDICIAIRE

Poches pleines de billets, polygraphe et extraterrestres au procès du couple Van Eyken

Le procès en appel du couple Van Eyken se poursuit à Bruxelles. La défense de l’ex-député et de sa femme cible le polygraphe. Mais la personnalité des accusés est aussi au cœur des débats concernant l’assassinat de Marc Dellea.

Les enquêteurs ont présenté ce mardi 5 janvier, devant la cour d’appel de Bruxelles, les éléments de l’enquête sur l’assassinat de Marc Dellea, tué d’une balle dans la tête à son domicile à Laeken le 8 juillet 2014. Sa compagne Sylvia B. et l’ancien député francophone au parlement flamand Christian Van Eyken, pour qui elle travaillait comme attachée parlementaire et avec lequel elle entretenait une relation, avaient en première instance été condamnés chacun à une peine de 23 ans de prison.

Liasses de billets

Les enquêteurs ont notamment parlé d’une pédicure, qui a répondu à l’appel à témoins et a déclaré avoir entendu Sylvia B. dire en consultation qu’elle n’hésiterait pas à faire tuer son compagnon si elle connaissait quelqu’un prêt à le faire. Les policiers ont également évoqué les liasses de billets vues dans les poches de la victime par des témoins, mais qui n’ont pas été retrouvées. Ils ont aussi abordé les pistes suivies dans les relations professionnelles et commerciales de Marc Dellea, mais sans trouver de suspect sérieux parmi les personnes qui avaient eu un différend avec lui.

Polygraphe

«À un moment donné, ne trouvant pas les véritables auteurs, on s’est focalisé sur les deux prévenus», a défendu Me Laurent Kennes, qui représente Christian Van Eyken. «Peut-être qu’on n’aurait de toute façon pas trouvé, mais ce n’est pas parce qu’on ne trouve pas, que l’on doit accuser deux personnes. En avril 2015, nos clients sont libres et ne sont pas inculpés, alors qu’on a déjà tous les éléments qu’on retrouve dans le jugement. On va alors faire passer le test du polygraphe à une des deux personnes aujourd’hui accusées (Sylvia B., NDLR.), et c’est ce résultat qui va manifestement convaincre le juge d’instruction…», a-t-il lancé. «La loi elle-même reconnaît qu’une certaine forme probante peut lui être attribuée. C’est une aberration car les psychologues émettent des critiques quant à la détermination du mensonge et de la nervosité. Tout ce qu’on peut déterminer, c’est la nervosité… On utilise une méthode chez nous qu’on va apprendre dans des formations au Canada», a-t-il dénoncé.

La défense a largement questionné l’enquêteur principal sur sa formation de polygraphe et a cherché à lui faire reconnaître que ce test avait forgé sa conviction. Dans les rangs des parties civiles, Me Nikolaos Korogiannakis a rétorqué qu’il s’agit d’une technique d’audition légale et que «le jugement est loin de reposer seulement sur le polygraphe».

Tentatives d’étouffement

Les enquêteurs ont aussi dépeint les personnalités des prévenus et de la victime, sur base des témoignages. Marc Dellea a été décrit comme un homme aimant séduire les femmes mais plutôt solitaire. Sylvia B. était perçue dans son voisinage à Tubize comme une personne générant des relations conflictuelles. Christian Van Eyken a été présenté comme un personnage inquiétant, à travers notamment les deux tentatives d’étouffement dénoncées par son ex-femme.

«Ces accusations ont été classées sans suites par le parquet, qui n’a pas jugé utile de poursuivre», a souligné Me Kennes. «La mère a écrit des ouvrages sur les extra-terrestres et a fait partie d’une secte, ce qui permet de relativiser un peu ses déclarations», a-t-il ajouté.

Me Georges Nicolis, qui représente les parents et une sœur de Marc Dellea, a, lui, pointé que des comportements violents envers les enfants figurent également dans le dossier. La fille et l’ex-femme de Christian Van Eyken ont fait savoir à la cour qu’elles ne viendraient pas témoigner, mais ses fils devraient comparaître.

Dires dénigrants

Me Nicolis retient de plus que des éléments avancés par les enquêteurs infirment des dires dénigrants de Sylvia B., prononcés lundi à l’audience. «Sur l’activité professionnelle de Marc Dellea, elle a précisé qu’il ne travaillait plus qu’une journée par semaine, alors que l’enquêtrice principale a produit devant la cour son journal d’activités professionnelles, qui était rempli au quotidien…»

Le rappel des faits

Marc Dellea, un négociant en café âgé de 45 ans, avait été retrouvé mort chez lui, avenue Mutsaard à Laeken, après avoir reçu une balle dans la tête. L’enquête s’était tournée vers la compagne de la victime, Sylvia B., et Christian Van Eyken, alors député au Parlement flamand. Sylvia B. était son attachée parlementaire et sa maîtresse.

Christian Van Eyken et Sylvia B. étaient les dernières personnes à avoir vu Marc Dellea vivant. Ils s’étaient rendus dans l’appartement de celui-ci, avenue Mutsaard à Laeken, où Sylvia B. était toujours domiciliée, le 6 juillet 2014. Ils y avaient passé toute la soirée jusqu’au retour de Marc Dellea vers 23h00.

Selon les images de caméra de vidéosurveillance, les prévenus étaient ressortis de l’appartement plusieurs heures après, le 7 juillet 2014 vers 02h00 du matin. Ces images montrent que personne n’était ensuite entré dans l’appartement ou sorti de celui-ci jusqu’à la découverte du corps sans vie de Marc Dellea le lendemain.

Les amants devenus époux en 2018 ont toujours nié toute implication dans la mort de Marc Dellea mais le tribunal correctionnel de Bruxelles les avait reconnus coupables d’assassinat et condamnés à 23 ans de prison. Ils ont ensuite fait appel de cette décision qu’ils contestent.