Un plan pour éradiquer les violences faites aux femmes
Un plan intra-francophone de lutte contre les violences faires aux femmes a vu le jour.Crédits: releon8211 - stock.adobe.com
DROITS DES FEMMES

Un plan pour éradiquer les violences faites aux femmes

Trois ministres francophones de Belgique s’attaquent aux violences faites aux femmes, avec un plan de 65 mesures au programme.

La problématique des violences faites aux femmes s’est aggravée dans le contexte du confinement, cela a été rappelé mercredi à l’occasion de la journée internationale de lutte contre ce fléau.

En Belgique francophone, les trois ministres en charge des Droits des femmes ont annoncé jeudi la mise sur pied d’un plan intra-francophone de lutte contre ces violences, constitué de 65 mesures à concrétiser durant la période 2020-2024. Il s’agit de la contribution des francophones au plan national de lutte contre les violences de genre en cours d’élaboration.

Christie Morreale (PS - Région wallonne), Bénédicte Linard (Écolo - Fédération Wallonie-Bruxelles) et Barbara Trachte (Écolo - Région bruxelloise) ont collaboré sur le sujet, en impliquant la société civile et le secteur associatif. Voici quelques-uns des projets.

Les chiffres

Les données concernant ces violences sont inquiétantes, rappelle Christie Morreale. En Belgique, «plus de 120 féminicides ont eu lieu depuis 2017 et déjà 21 cette année», déplore-t-elle. On estime que 18 viols sont perpétrés chaque jour dans le pays, plus de 40 plaintes pour coups et blessures sont déposées quotidiennement auprès de la police. «Mais il reste des chiffres noirs», à savoir une quantité de faits qui ne sont répertoriés nulle part.

Par ailleurs, la collecte de données précises fait aujourd’hui défaut. Parmi les mesures, le plan de lutte ambitionne de mieux récolter les données statistiques, ventilées par sexe. «Objectiver une réalité, c’est reconnaître qu’elle existe», considère Bénédicte Linard. Un site internet rendra ces données accessibles, à destination du grand public et des professionnels.

Dès les maternelles

Le plan ambitionne également de généraliser les animations d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras) dans les écoles. «Il faut que les jeunes, dès les maternelles, puissent être conscients des rapports de force entre hommes et femmes et qui peuvent aboutir à des violences plus ou moins graves», soutient Barbara Trachte. Un guide des contenus d’Evras sera élaboré, en fonction des âges et niveau d’enseignement, de manière à assurer «une qualité de ces animations identique partout, de Molenbeek à Virton et Charleroi».

Plus de places d’accueil

En plus d’actions de prévention en amont, le plan prévoit une série de mesures de prise en charge en aval. Il s’agit notamment de créer une cinquantaine de nouvelles places dans les services d’hébergement pour les femmes victimes de violences conjugales. La Wallonie compte aujourd’hui 20 maisons d’accueil, pour 877 places. À Bruxelles, cinq maisons d’accueil (francophones) existent, soit 195 places. Une nouvelle ouvrira en juin 2021 avec 45 places supplémentaires.

Renforcer le 0800/300 30

La ligne Écoute Violences Conjugales est accessible 24h/24 et 7j/7. Les ministres souhaitent que l’accueil téléphonique ou par chat soit effectué par des professionnels spécialisés l’entièreté du temps. Actuellement, c’est le cas du lundi au vendredi de 9h à 19h, le service Télé-Accueil se chargeant du restant.

Sensibiliser les garçons

Parmi les mesures, certaines visent à éradiquer le mal à la racine, en quelque sorte. «Il faut agir en amont, changer les mentalités avec de l’information et de la sensibilisation à destination de tous les publics, déconstruire les préjugés, agir sur les sources des violences», explique Bénédicte Linard.

Dans cette optique, des campagnes de sensibilisation vont voir le jour, «par exemple dans les transports publics ou dans les écoles». Un des objectifs consistera à impliquer les garçons, en ceci qu’ils peuvent devenir «de potentiels auteurs ou de potentiels témoins».

Pour Bénédicte Linard, la problématique doit aussi être liée à celle du harcèlement. Et la ministre de rappeler quelques statistiques publiées par l’ONG Plan Belgique l’an dernier: dans notre pays, 91% des filles et 28% des garçons ont déjà été victimes de harcèlement sexiste, une fille sur cinq a subi des attouchements non consentis, seuls 6% des victimes se confient à un enseignant ou à la police.