• Mathilde Dubois était partie pour un volontariat en Inde et terminait son séjour dans un Ashram du Sud du pays quand le confinement a été décrété…
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VIDÉO | Mathilde évacuée par l’Union Européenne après avoir été confinée dans un ashram en inde

Tournaisienne d’origine, sociologue, Mathilde Dubois terminait un volontariat en Inde, par un séjour dans un ashram quand le confinement a été imposé dans le pays. Elle nous a confié son témoignage. Voir en fin d’article, la vidéo de l’évacuation...

Partie dans le cadre d’un partenariat de plusieurs mois en Inde, Mathilde terminait son voyage par un séjour dans un ashram du Sud du pays. Ce dernier l’a d’autant plus marquée qu’elle y a vécu le début de la crise sanitaire sans véritablement se rendre compte, au départ, de l’ampleur que cette dernière prenait dans le monde. Voici son témoignage, poignant:

«Om Namah Shivaya!» ou «Bonjour!» quotidiennement employé à l’ashram. Chanté 108 fois, ce mantra apaise l’esprit agité et atténue les pensées parasites. À vous d’essayer!

Je vous propose une immersion au cœur del’ashram Sivananda à Neyyar dam en Inde du Sud (Kerala). Un endroit magnifique, niché entre d’une part des montagnes verdoyantes, d’autre part un énorme lac avec, dit-on, des crocodiles.

Voici mon histoire à un moment clé au Kérala: l’annonce du «lockdown» suite à la propagation du Covid-19.

Ce 11 mars, levée de bon matin par la cloche de 5 h 20, je suis motivée car deux fois par semaine, nous avons la chance de faire une promenade méditative et observer le lever du soleil sur le lac.

VIDÉO | Mathilde évacuée par l’Union Européenne après avoir été confinée dans un ashram en inde
La promenade méditative du matin permet d’apprécier le lever de soleil sur le lac... Le matin du 11 mars, Mathilde sera privée de ce joli paysage... Photo: Com.

Il est 6 h, personne n’attend devant la porte d’entrée, fermée ce jour-là.

J’apprends que la promenade est annulée et qu’elle n’aura probablement plus lieu avant longtemps. Humeur triste en ce début de journée.

Heureusement, l’ambiance et la joie d’être en communauté ainsi que les chants du matin remettent du baume au cœur.»

«Nous n’étions plus qu’une quarantaine sur 500 au ashram»

«Depuis ce jour-là, nous sommes «les derniers habitants de l’ashram». Plus aucune entrée n’est autorisée et les sorties sont permises uniquement si elles sont définitives.

Deux semaines passent. Un matin, pas de cloche faisant office de réveil. Le calme absolu règne. Pas de musique dans le temple en bas au village. Juste le chant des oiseaux, du vent qui caresse les immenses feuilles des arbres ombrageant notre dortoir. Des bananiers, des cocotiers, des arbres jaquiers, des palmiers. La nature est d’une richesse foisonnante, les couleurs sont éclatantes, le climat est tropical et humide, le ciel est bleu azur et le soleil brille. La pluie arrive doucement en fin de journée. Mais c’est très court et il fait chaud.

Après les chants du matin, thé chai sous les arbres. La lumière du soleil illumine déjà notre journée. Place ensuite au cours de yoga avant un bon brunch.

Nous avons repris des forces pour le Karma yoga. Avec Yaga et Vanessa, je ramasse les feuilles dans une zone définie. Tout est bien organisé. Chacun sait ce qu’il a à faire et le fait dans la joie et la bonne humeur. Les tâches manuelles permettent de se changer les idées.

Chaque jour qui passe file à une vitesse impressionnante et nous réalisons combien nous sommes chanceux d’être ici, ensemble. La communauté est certes confinée, mais elle vit, elle vit plus que jamais!

VIDÉO | Mathilde évacuée par l’Union Européenne après avoir été confinée dans un ashram en inde
Sur les 500 personnes qui fréquentaient au départ le ashram, il n’en restait qu’une quarantaine à l’heure du confinement... Photo: Com.

Comparativement à la capacité que l’ashram pourrait accueillir en période normale (500 personnes), nous sommes environ 40. Nous nous connaissons tous et des liens se tissent jour après jour.

Ensemble, nous vivons un confinement heureux mais cela ne nous empêche pas de penser à ceux et celles qui sont malades, qui ont du mal à rester confinés chez eux, qui sont seuls.»

Partagée entre l’envie de rester et celle de revenir au pays...

«Dans le courant du mois de mars, les transports en Inde sont tous interdits et les aéroports sont à l’arrêt également. Les mesures prises pour freiner autant que possible la propagation du Coronavirus sont draconiennes. Des voitures équipées de parlophones diffusent un message en malayalam: «Restez chez vous, à distance d’un mètre minimum!». Les filles Indiennes de mon dortoir sont en état de panique. Elles aimeraient rentrer chez elles dans le Nord mais c’est impossible.

 

Le mot d’ordre est patience.

 

Pour nous, étrangers, nos vols s’annulent tous et nous prenons conscience de l’ampleur de la crise. Je contacte l’ambassade de Belgique et je rejoins un groupe d’Allemands qui m’apprennent qu’un vol de rapatriement sera bientôt organisé au départ de Trivandrum.

Pendant plusieurs jours, nous faisons le nécessaire pour être inscrits sur la liste. Les nombreuses démarches à effectuer et les autorisations (police, médecin,) à avoir sont éprouvantes. Heureusement encore une fois, nous sommes en groupe.

Un soir après les chants, le responsable de l’ashram nous informe que 12 européens sont sur la liste pour un vol vers Francfort.

Au moment de cette annonce, je suis partagée entre sentiment de soulagement et nostalgie de réaliser que cette expérience unique de vivre en petite communauté à l’ashram allait prendre fin assez brutalement.

La vidéo de l’évacuation:

 

Le lendemain matin, la liste est confirmée. Je peux encore changer d’avis et rester. J’hésite quelques secondes. Ce n’est pas raisonnable de rester. J’ai fait le nécessaire pour et je ne peux plus faire marche arrière. La situation en Inde risque de devenir compliquée et le moment, c’est maintenant. Si une opportunité s’est présentée, il fallait la saisir.

 

Le retour a été très long et fatigant mais le principal est que nous sommes tous rentrés auprès de nos proches en Allemagne, en France, en Pologne, en Hongrie et en Belgique.

 

Aujourd’hui, confinée à la maison avec mon compagnon, je reste concentrée sur le moment présent. J’en profite pour continuer à méditer et pour revivre les moments exceptionnels que j’ai partagés avec toute la communauté de l’ashram de Sivananda à Neyyar dam.

 

VIDÉO | Mathilde évacuée par l’Union Européenne après avoir été confinée dans un ashram en inde
Il y a eu des pleurs au moment de se dire au-revoir... Photo: Com.

 

J’en retire une expérience unique, riche en découverte de moi-même, des autres du monde entier ainsi que des Indiens qui ont beaucoup à nous apprendre grâce à leur culture, leur religion. Je souhaite continuer à rester proche de la nature, à m’émerveiller à chaque instant et à être et rester dans le moment présent. C’est ce que je vous invite à vivre en cette période spéciale de confinement. Soyons les acteurs du changement, arrêtons-nous un instant dans nos vies effrénées et recentrons-nous sur l’essentiel.»