Coronavirus: des groupes sanguins plus à risque que d’autres? «Prudence»
Il est trop tôt pour affirmer que certains groupes sanguins sont plus susceptibles d’être contaminés par le Covid-19 que d’autres.Crédits: Reporters (Illustration)
SANTÉ

Coronavirus: des groupes sanguins plus à risque que d’autres? «Prudence»

Depuis quelques jours, une étude chinoise circule sur les réseaux sociaux. Selon ses chercheurs, qui ont observé les cas de 2.173 patients atteints de Covid-19, les personnes de groupe sanguin O seraient moins susceptibles de contracter le nouveau coronavirus. «À vérifier», nuance toutefois le responsable du laboratoire d’immuno-hématologie de l’hôpital Erasme, à Bruxelles.

 

 

Et si les personnes de groupe sanguin O étaient mieux armées face au nouveau coronavirus? La question se pose depuis la publication d’une étude menée récemment par un groupe de chercheurs des universités de Shenzhen et Wuhan.

Basée sur l’observation de 2.173 patients contaminés par le Covid-19 et hospitalisés à Shenzhen ou Wuhan, l’étude chinoise tend à démontrer que les personnes de groupe sanguin O, majoritaires (45%) dans le monde, présenteraient un risque «significativement» plus faible d’être infecté. Au contraire, les personnes de groupe sanguin A courraient un risque «significativement» plus élevé d’être touché par la maladie.

Toutefois, et bien qu’elle soit de plus en plus partagée sur les réseaux sociaux notamment, cette étude ainsi que ses résultats sont à prendre avec des pincettes. Et ce, pour plusieurs raisons.

 

1Un travail préliminaire

 

Les chercheurs chinois sont les premiers à nuancer les résultats de leur étude. Et ce, car il ne s’agit encore «que» d’un travail préliminaire.

Les conclusions obtenues «n’ont pas encore été évaluées et ne devraient donc pas être utilisées pour guider la pratique clinique», notent d’ailleurs les universités de Shenzhen et Wuhan.

«Il s’agit d’une étude qui n’est pas encore publiée et qui donc n’a pas été révisée par des pairs pour être admise à publication dans une revue scientifique», ajoute pour sa part le Docteur Salim Jarjoura, responsable du laboratoire d’immuno-hématologie de l’hôpital Érasme.

 

2Une méthodologie à valider

 

Autre critique possible à cette étude: sa méthodologie.

En effet, pour leur étude, les chercheurs chinois ont mis en rapport les résultats observés parmi leur groupe cible, à savoir les 2.173 patients atteints du Covid-19, et un groupe lambda, composé de 23.386 habitants de Shenzen et 3.694 habitants de Wuhan.

Si les premiers résultats obtenus indiquent des disparités dans les proportions affichées – les malades de groupe A sont surreprésentés tandis que les malades de groupe O sont sous-représentés – celles-ci manquent de détails.

 

3Une hypothèse à valider

 

Enfin, s’il n’est pas farfelu de tenter de créer des ponts entre l’étude du virus et l’analyse des groupes sanguins impactés - de précédentes recherches, dans le cadre de l’épidémie de SRAS notamment, ont démontré que le groupe sanguin O possédait des anticorps anti-A et anti-B qui permettent de ralentir la progression du virus - le Docteur Salim Jarjoura reste encore prudent.

Cette «hypothèse biologique avancée (par les scientifiques chinois) pour expliquer la prévalence d’un groupe sanguin parmi les sujets infectés par rapport aux autres groupes sanguins n’a pas été étudiée, analysée et vérifiée dans l’étude», note ainsi le responsable du laboratoire d’immuno-hématologie de l’hôpital Érasme.

Prudence donc dans l’interprétation et la diffusion de cette étude chinoise.