Ils se battent contre le parcours d’accrobranche: «Nous ne sommes ni des babas cool, ni des voisins grincheux»
De la pêche se pratique encore dans les étangs du Val Saint-Lambert.Crédits: ÉdA Hermann
SERAING

Ils se battent contre le parcours d’accrobranche: «Nous ne sommes ni des babas cool, ni des voisins grincheux»

À Seraing, le collectif «Le Bois du Val» milite contre l’installation d’un parcours d’accrobranche, tel qu’il a été autorisé par la Ville. Après avoir récolté des fonds, il s’apprête à introduire un recours auprès du Conseil d’État.

La décision est désormais entérinée: le collectif «Le Bois du Val», qui se bat contre l’installation d’un parcours d’accrobranche dans la forêt derrière le Val Saint-Lambert, à Seraing, s’apprête à introduire un recours au Conseil d’État. «C’est malheureusement la seule option possible pour annuler le permis d’urbanisme délivré par la Ville de Seraing, puisqu’aucune enquête publique n’a été organisée», regrettent les membres de ce collectif.

Ces riverains sont mécontents de la façon avec laquelle la Ville de Seraing a mené ce projet. Début juin, ils lançaient une campagne de financement participatif pour soutenir l’action auprès du Conseil d’État. Le montant espéré de 3 500 euros a été dépassé, ce qui leur permet d’affirmer clairement leurs intentions.

Un premier parcours dans le courant de l’été

Rappelons que c’est dans le cadre vaste projet de Cristal Park, qui vise à redéployer le site du Val Saint-Lambert, que s’inscrit le projet de parcours d’accrobranche, que la société française Ecopark Adventures souhaite implanter. Le projet date de plusieurs années, mais a connu un coup d’accélérateur au printemps.

En avril dernier, le collège communal de Seraing annonçait avoir octroyé le permis d’urbanisme, soulevant des réactions assez vives dans les rangs de l’opposition (Écolo et PTB, principalement), mais aussi auprès de certains riverains. Ceux-ci ont entre-temps formé le collectif, lancé une pétition qui a récolté plus de 4400 signatures et s’apprête à poursuivre son action devant le Conseil d’État.

Le projet devait se concrétiser partiellement cet été, avec l’aménagement d’un premier parcours d’accrobranche, pour se finaliser en 2020 avec un second parcours. Fin avril, face aux protestations, le collège communal a annoncé plusieurs «nouveautés» dans le dossier, à savoir principalement la suppression des clôtures censées ceinturer le site. Une nouvelle positive, pour les opposants, mais loin d’être suffisante.

Sur une zone Natura 2000

Les griefs sont de plusieurs ordres. Le collectif dénonce tout d’abord une absence de transparence autour du projet. Aucune enquête publique n’a été réalisée, mais la Ville n’était pas tenue de le faire dans ce dossier. «Pour un projet de cette nature, on est en droit d’attendre une enquête publique, au minimum une consultation de la population». Des séances d’information aux habitants ont été annoncées par les autorités, en présence du promoteur, mais aucune ne s’est encore tenue.

Le projet concerne une parcelle de 17 hectares, dont 8,5 ha se situent en zone Natura 2000, donc protégée sur le plan de la biodiversité. La question environnementale se trouve donc au centre des inquiétudes du collectif citoyen. «Nous ne comprenons pas l’intérêt d’aller empiéter sur une zone Natura 2000, alors que le monde entier s’accorde à dire que les problèmes environnementaux sont de plus en plus sérieux», dénoncent ces citoyens.

Ils se battent contre le parcours d’accrobranche: «Nous ne sommes ni des babas cool, ni des voisins grincheux»
Photo: www.leboisduval.be

La Ville de Seraing annonçait en avril la volonté de saisir l’opportunité de cette activité récréative pour sensibiliser le public à la richesse de l’environnement, dans une Ville qui comporte de nombreux espaces boisés. «Mais c’est une illusion de croire qu’on peut préserver l’environnement en faisant de l’accrobranche. C’est une belle activité, mais ce n’est pas de la préservation», explique-t-on au sein du Bois du Val.

Le site abrite certaines espèces protégées, notamment deux espèces de pics, de chauve-souris et le martin-pêcheur. Il ne suffit pas de le décréter pour que ces espèces déménagent de quelques centaines de mètres, histoire de laisser place au nouveau parc d’activités.

Plus globalement, c’est la vision qui embrasse l’ensemble du projet du Cristal Park qui inquiète ces citoyens. «Il y a au Val Saint-Lambert un magnifique patrimoine à restaurer, avec des bâtiments qui pourrissent littéralement. Pourquoi ne pas les réhabiliter, plutôt que d’aller empiéter sur la forêt.»

Pas de «nimby»

Pour autant, le Bois du Val affirme qu’il ne s’oppose pas à une réhabilitation du site, ni même à l’idée d’un parcours d’accrobranche (qui épargnerait la zone Natura 2000). Simplement, «nous regrettons la logique du profit maximum au détriment de l’environnement. On peut valoriser les lieux de façon plus intelligente.»

«C’est assez fatigant d’être perçus comme les défenseurs d’un combat d’arrière-garde, exprime un des fers de lance du collectif. Nous ne sommes pas des voisins grincheux, ni des babas cool. Nous considérons qu’on peut allier valorisation économique et protection de la nature. Le raisonnement contraire date du XIXe siècle.» Ces citoyens refusent donc toute forme de raisonnement de type «nimby» («not in my backyard», pas dans mon jardin), mais aimeraient davantage de prise en compte du point de vue des habitants et des spécificités environnementales locales dans la construction du parcours d’accrobranche et, plus globalement, dans celui du Cristal Park.

NDLR | Nous avons tenté de recueillir le point de vue de l’échevine en charge du Développement territorial, Déborah Geradon (PS), mais sans réponse à cette heure.