Européennes : en France, un duel macron-Lepen

Européennes : en France, un duel macron-Lepen

Photo: AFP

Monté en première ligne en pourfendeur du populisme, Emmanuel Macron a fait des élections européennes en France un duel avec l'extrême droite de Marine Le Pen, un jeu dangereux eu égard à l'impopularité du président, affaibli par six mois de crise des "gilets jaunes".

25% d'intentions de vote pour le Rassemblement national (RN, extrême droite), 22,5% pour La République en Marche (LREM), le parti présidentiel: selon le dernier sondage, publié vendredi par Harris Interactive/Epoka, l'extrême droite française a accru son avance sur la formation de M. Macron à l'approche des élections européennes de dimanche en France métropolitaine. Le RN gagne 1,5 point en une semaine, alors que LREM reste stable.

Mme Le Pen se rapproche ainsi du score qu'elle réalisé aux dernières européennes de 2014, avec près de 25% des voix, et qui avait permis à l'extrême droite de revendiquer la place de "premier parti" de France. Le duel est aussi un bis repetita de la présidentielle de 2017, où M. Macron l'avait emporté face à Mme Le Pen, qui avait ainsi positionné une nouvelle fois l'extrême droite au second tour de cette élection majeure, après son père Jean-Marie, le 21 avril 2002.

En insistant sur la "menace" de l'extrême droite et du populisme, M. Macron a contraint les électeurs à un choix entre le vote anti-Macron et le "barrage à Le Pen", comme lors de la présidentielle de 2017. Deux ans après son élection, c'est le premier test électoral pour le chef de l'Etat depuis les législatives de 2017, où il avait atomisé les partis traditionnels de droite et de gauche. C'est aussi le premier rendez-vous dans les urnes consécutif à la crise sociale des "gilets jaunes", la pire du mandat Macron, qui ont fait plonger la popularité du président (27% selon le dernier sondage en date).

Loin des enjeux européens, Marine Le Pen a ainsi eu beau jeu d'appeler à un référendum "anti-Macron". De son côté le président n'a cessé de dramatiser l'enjeu du scrutin et de s'investir en fin de campagne, pour un résultat incertain. "La campagne européenne a été transformée en test national", juge le quotidien Le Figaro. Les présidents français se sont souvent impliqués dans des campagnes européennes "mais Emmanuel Macron a battu tous les records", analyse le quotidien. "Cette montée en première ligne fait des européennes un référendum sur sa personne", en conclut le journal de droite. "C'est un référendum sur lui (Macron, ndlr) et sa vision de l'Europe", a certifié l'Américain Steve Bannon, un des principaux stratèges du camp populiste.

Mais en se désignant comme l'ennemi des populistes, et en particulier le RN, M. Macron est tombé dans un piège: celui de faire de la première place de son parti, devant l'extrême droite, l'enjeu des européennes. "La stratégie de Macron de s'exposer peut avoir un effet boomerang terrible: les gens vont être tentés d'exprimer leur détestation de Macron", avertit Jérôme Sainte-Marie, président de Pollingvox, dans un entretien à l'AFP. Un succès du RN serait en effet perçu comme un désaveu pour le chef de l'Etat.

Ces derniers jours, une partie de la majorité semble avoir commencé à s'y préparer. Un score de la majorité présidentielle "proche" de celui de M. Macron au premier tour de la présidentielle 2017 (24%) serait déjà un "exploit politique", a fait valoir le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire. "Des résultats dépendra la capacité d'Emmanuel Macron à poursuivre ce qu'il appelle 'la transformation du pays'", prévient le quotidien Le Monde, qui avertit qu'un échec provoquerait probablement un remaniement du gouvernement. Mais cela va plus loin: "Perdre ces élections européennes dans son propre pays pour quelqu'un qui est aussi proeuropéen, c'est aussi un désaveu pour sa propre crédibilité", estime Sébastien Maillard, directeur de l'Institut Jacques Delors.

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