Affaire Vincent Lambert: la CEDH rejette la requête des parents faute «d’élément nouveau»

FRANCE

Affaire Vincent Lambert: la CEDH rejette la requête des parents faute «d’élément nouveau»

Vincent Lambert est devenu, malgré lui, le symbole du débat français sur «l’acharnement thérapeutique». Photo: AFP

FRANCE -

La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a rejeté lundi la requête des parents du Français Vincent Lambert qui lui avait demandé de suspendre le processus d’arrêt des traitements de leur fils faute d’»élément nouveau», a indiqué la Cour dans un communiqué. Vincent Lambert, un patient en état végétatif depuis plus de dix ans, devenu le symbole du débat passionnel en France sur «l’acharnement thérapeutique».

«La Cour indique qu’aucun élément nouveau de nature à lui faire adopter une position différente ne lui a été présenté par les requérants», a-t-elle précisé. La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a décidé de rejeter la requête des parents de Vincent Lambert d’arrêter ces traitements médicaux.

«C’est une honte, un scandale absolu, ils n’ont même pas pu embrasser leur fils», a réagi Me Jean Paillot, avocat des parents, farouchement opposés à l’interruption des traitements, en annonçant le début de l’arrêt des soins, qui a commencé ce matin à l’hôpital Sébastopol de Reims (nord-est), sur décision du médecin Vincent Sanchez.

«C’est des monstres! Des monstres! C’est des nazis!», a lancé depuis une voiture Viviane Lambert, la mère de Vincent, 73 ans, en passant devant le centre hospitalier de Reims.

Le Dr Sanchez, «en violation de tous ses devoirs et de ce qu’il avait laissé croire, vient d’annoncer à la famille qu’il avait initié le processus de mort sans préavis, sans tenir compte des recours, sans tenir compte des mesures provisoires. (...) Le coup de force continue. Il est encore temps d’arrêter cette folie», ont également affirmé dans un communiqué Me Paillot et Me Jérôme Triomphe, autre avocat des parents.

«L’arrêt des traitements» et «la sédation profonde et continue» ont été «initiés ce matin», a écrit le Dr Sanchez, chef de service des soins palliatifs, dans un courriel à la famille dont l’AFP a obtenu copie.

Affaire Vincent Lambert: la CEDH rejette la requête des parents faute «d’élément nouveau»
«C’est des monstres! Des monstres! C’est des nazis!», a lancé Viviane Lambert, la mère de Vincent, en passant devant le centre hospitalier de Reims. Photo: AFP

«Dans cette période douloureuse, j’espère pour Monsieur Vincent Lambert que chacun saura ouvrir une parenthèse et se rassembler, auprès de lui, afin que ces moments soient le plus paisibles, intimes et personnels possible», ajoute ce médecin.

Validée fin avril par le tribunal administratif suprême, le Conseil d’Etat, l’interruption des soins prévoit, selon une source médicale, l’arrêt des machines à hydrater et alimenter ainsi qu’une sédation «contrôlée, profonde et continue» de cet homme aujourd’hui âgé de 42 ans, ainsi qu’une prise d’analgésiques «par précaution».

De sources médicales, le décès, dans ces conditions, interviendrait d’ici quelques jours à une semaine.

Mais l’éprouvante bataille juridique et morale qu’est devenue «l’affaire Lambert» n’est pas terminée.

Quatrième procédure en six ans

Les avocats des parents ont saisi ce lundi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) selon une procédure d’urgence, ainsi que le Conseil d’Etat français, ont annoncé les deux Cours.

Les parents et deux autres membres de sa famille s’appuient sur la demande du Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU qui a souhaité que la France suspende toute décision en attendant son examen sur le fond, a précisé la CEDH.

Samedi, dans une lettre ouverte, les parents s’étaient déjà appuyés sur ce comité de l’ONU pour demander l’intervention du président Emmanuel Macron. Mais Paris répète que ces mesures conservatoires «sont dépourvues de caractère contraignant» et met en avant le «droit du patient à ne pas subir d’obstination déraisonnable».

Il s’agit de la quatrième procédure en six ans dans cette affaire qui déchire la famille de Vincent Lambert, tétraplégique et plongé dans un état végétatif depuis un accident de la route en septembre 2008.

Les avocats des parents réclament par ailleurs la radiation et des poursuites à l’encontre du docteur Sanchez, qui dirige le service des soins palliatifs et l’unité «cérébrolésés» de l’hôpital Sébastopol de Reims.

Face à ceux qui s’opposent à l’arrêt des soins, la femme de Vincent Lambert, Rachel, son neveu François et cinq frères et soeurs du patient dénoncent depuis des années un acharnement thérapeutique.

Le patient, ancien infirmier, n’a pas laissé de directives anticipées. Son épouse et son neveu affirment qu’il avait pris position contre tout «acharnement thérapeutique».

L’arrêt des soins de Vincent Lambert s’inscrit bien «dans le cadre de la loi», a estimé dimanche Jean Léonetti, père de la loi régissant la fin de vie en France. Il a également estimé que cette décision est «d’autant plus douloureuse» pour les parents «qu’elle est tardive».

Le pape appelle à protéger la vie

Le pape a appelé lundi dans un tweet à protéger la vie «du début à la fin naturelle», un message que son porte-parole a partagé en appelant explicitement à prier pour le Français Vincent Lambert.

«Prions pour ceux qui vivent dans un état de grave handicap. Protégeons toujours la vie, don de Dieu, du début à la fin naturelle. Ne cédons pas à la culture du déchet», a écrit le pape François dans un message publié sur tous ses comptes Twitter de différentes langues.

Et le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, Alessandro Gisotti, a été plus explicite en retweetant le message avec la mention en français: «Prions pour Vincent Lambert».

Vincent Lambert, 42 ans, est un tétraplégique en état végétatif depuis plus de dix ans.

L’interruption des traitements visant à le maintenir en vie a débuté lundi matin, provoquant la colère de ses parents, fervents catholiques, qui espèrent encore que de nouveaux recours judiciaires stoppent «cette folie».

LES PLUS LUS