L’étude etterbeekoise recale la piste cyclable bidirectionnelle: De Wolf et Smet pédalent en sens contraire
Au niveau de la rue des Aduatiques, la piste cyclable s’arrête brusquement. Crédits: Google Street View
ETTERBEEK

L’étude etterbeekoise recale la piste cyclable bidirectionnelle: De Wolf et Smet pédalent en sens contraire

Le bras de fer entre la Commune d’Etterbeek et la Région bruxelloise se muscle concernant la piste cyclable bidirectionnelle de l’avenue de Tervueren. Le Bourgmestre Vincent De Wolf publiée les résultats d’une étude de sécurité routière qui l’encourage à refuser l’aménagement temporaire prévu par Smet.

On vous l’annonçait en avril: la Commune d’Etterbeek n’était pas très favorable à la piste cyclable bidirectionnelle sur le segment de l’avenue de Tervueren qui en reste dépourvu. Alors qu’un projet régional a été déposé mais recalé par la Commune, les autorités etterbeekoises ont parlé de l’endroit comme d’un « cas d’école accidentogène ». Une étude de mobilité et de sécurité routière a donc été commanditée. Les résultats de cette dernière, menée par le bureau d’expertise en sécurité routière ISR, ont été publiés ce 15 mai.

Le Collège etterbeekois indique y lire des déductions tirées d’une «analyse détaillée d’accidents de cyclistes survenus en Région bruxelloise de 2010 à 2013». Il apparaît ainsi que «les accidents impliquant des cyclistes sur piste bidirectionnelle représentent environ 23% des accidents qui se produisent aux carrefours. C’est pourquoi, ajoute ISR, la plupart des guides d’aménagements ne recommandent pas l’aménagement de pistes cyclables bidirectionnelles en milieu urbain, en particulier lorsqu’il y a de nombreux croisements ou accès riverains». Le Bourgmestre Vincent De Wolf enfonce le clou: pour lui, c’est de la circulation des cyclistes «à contresens» que vient le danger.

«En toutes lettres»

Selon le communiqué etterbeekois, l’étude indique aussi qu’«à certains carrefours, il s’avère indispensable de créer un plateau surélevé pour garantir la sécurité des vélos. Elle déconseille par ailleurs le recours à des aménagements trop complexes (ce qui dans le projet régional est le cas à certains endroits) pour ne pas mettre en difficulté et en danger les cyclistes moins expérimentés». L’étude indique enfin, «en toutes lettres», ajoute la Commune, que «l’aménagement étudié ici semble dicté par la nécessité de réduire le coût et la durée des travaux d’aménagement». Et la commune de conclure que «cela nous semble incompatible avec l’exigence de confort et de sécurité qu’implique l’itinéraire concerné».

Dès lors, le Bourgmestre Vincent De Wolf se dit dans l’impossibilité d’«autoriser ne fût-ce que la mise en place d’un aménagement provisoire - et trompeur quant à la sécurité des cyclistes - de piste bidirectionnelle sur l’avenue de Tervueren. Si la Région persiste à vouloir réaliser un tel projet à brève échéance, il n’aura d’alternative que celle de prendre un arrêté destiné à interrompre les travaux». Rappelons que c’est justement ce côté «temporaire» et «minimaliste» qui mécontentait De Wolf dans ce dossier. Le Bourgmestre réitère par ailleurs son soutien à «un réaménagement global bien réfléchi dans chaque sens de circulation».

Smet: «À Paris, New York, Gand... mais pas Etterbeek»

En cette campagne électorale, le Ministre de la Mobilité Pascal Smet n’a évidemment pas manqué de tacler De Wolf sur le sujet. «Les maires de Paris, New York, Londres, Auckland, Amsterdam, Gand... construisent des pistes cyclables à double sens. Mais le Bourgmestre d’Etterbeek (qui a récemment indiqué ne pas faire de vélo lui-même) bloque, encore une fois, un projet», tance le socialiste flamand sur Twitter.

Quant à Écolo Etterbeek, pour rappel dans la majorité communale, «la mise en place d’une piste bidirectionnelle reste la meilleure solution et vaut mieux que la situation actuelle». Les verts etterbeekois estime cependant que «le plan proposé par la Région est trop peu aménagé et dangereux, et a été fait dans la précipitation». Écolo Etterbeek plaide donc pour «de sérieux aménagements complémentaires: une signalisation dans les intersections, entre-autre grâce à la mise en place de feux et de panneaux de signalisation».

Le Gracq ne nie pas les risques mais plaide pour une solution rapide

La réticence etterbeekoise dans le dossier de la piste cyclable de l’avenue de Tervueren tient quelque peu d’une ironie qui n’a pas échappé au Gracq. Le groupement des cyclistes quotidien riait jaune en effet lors de la fête de ladite avenue, qui a eu lieu le dimanche 12 mai dernier. À cette occasion, la circulation automobile était d’ailleurs interdite sur l’axe en question.

Ce qui crispe le Gracq, c’est le thème de cette brocante festive annuelle: le vélo. «Les cyclistes se sont mobilisés en masse pour réclamer la sécurisation du dernier km de l’avenue. Organiser une fête sur l’avenue de Tervueren mettant le vélo à l’honneur ou s’afficher avec un vélo ne suffit pas», peste le Gracq, faisait référence à une affiche de campagne de Vincent De Wolf le montrant portant un deux-roues sur l’épaule. «Il faut à présent que les discours se concrétisent sur le terrain: on ne peut admettre que rien ne soit fait pour les cyclistes sur un tracé cycliste majeur».

Le Gracq ne nie pas les risques «tout à fait connus» liés à l’aménagement proposé par la Région. Mais avance «des solutions concrètes» alors que «rien n’est prévu pour assurer la sécurité ou le confort des cyclistes: ils sont contraints de circuler sur “une contre-allée empruntée par un grand nombre de véhicules roulant à vive allure”», déplore Florine Cuignet, du Gracq, reprenant les mots du Collège etterbeekois.

Le Gracq répète donc ses doléances: «une piste bidirectionnelle séparée du trafic afin d’assurer la continuité de cet itinéraire cycliste» et «une solution à court terme sans attendre un réaménagement complet de l’avenue». Une pétition de plus de 1000 signatures a été finalisée lors de la Fête de l’avenue de Tervueren pour répéter ces demandes autant à la Commune qu’à la Région.