15% de femmes seulement baptisent les rues de Bruxelles: la Ville attend vos suggestions
Rosa Luxemburg a son allée dans le Pentagone, près de la place Rouppe. Crédits: Cabinet Persoons / Ville de Bruxelles
BRUXELLES

15% de femmes seulement baptisent les rues de Bruxelles: la Ville attend vos suggestions

La Ville de Bruxelles profite de l’initiative d’une vedette de la télé flamande pour inviter ses citoyens à lui suggérer des femmes qui pourraient baptiser ses rues. La disproportion est flagrante entre hommes et femmes sur la carte toponymique de Bruxelles. Ixelles veut elle aussi doper la représentativité des femmes sur ses plaques de rues.

La Ville de Bruxelles dresse un constat sévère sur la politique qui a jusqu’ici gouverné la dénomination de ses rues: 85% de ses noms de voiries sont masculins. En ce 8 mars, date de la Journée mondiale pour les droits des femmes, la commune entend donc plaider pour davantage de féminisation de son espace public.

Le constat est emprunté à un spot de Sofie Lemaire, vedette de la chaîne flamande Canvas qui veut «plus de femmes en rue». La présentatrice souligne que l’histoire compte de nombreuses femmes qui pourraient prétendre à voir leur nom donné à nos espaces publics. Et pas uniquement à des ruelles couvertes peu avenantes comme elle le remarque, piquante, à propos de la chercheuse gantoise Irène Van der Bracht. L’animatrice invite donc les Belges d’envoyer leurs suggestions à leurs bourgmestres via le hashtag néerlandophone #MeerVrouwOpStraat.

«Une lecture de l’histoire la plus juste possible»

La Ville de Bruxelles saisit la balle au bond et lance l’invitation officielle: si vous avez des idées pour féminiser la toponymie de votre quartier, vous pouvez les envoyer au cabinet de l’échevine de l’Urbanisme et de l’Espace public de la Ville Ans Persoons (change.brussels) via cabinet.a.persoons@brucity.be.

«Il ne s’agit pas de réécrire l’histoire, mais d’offrir une lecture de l’histoire la plus juste possible», assure Persoons. «Nous cherchons des noms de Bruxelloises et voulons leur donner une place dans des quartiers avec lesquels elles ont une histoire».

15% de femmes seulement baptisent les rues de Bruxelles: la Ville attend vos suggestions
En bleu les noms masculins, en rouge les noms féminins: la comparaison fait très mal. Photo: De Chinezen - Cabinet Persoons

Le cabinet des Espaces publics rappelle qu’une placette derrière l’AB a été baptisée en 2017 du nom de Jo Cox, politicienne britannique assassinée qui avait ses habitudes aux concerts. Plus récemment, deux grandes résistantes belges, Yvonne Nèvejean et Andrée de Jongh, ont donné leur nom à deux rues du nouveau quartier Tivoli à Laeken. Ce qui prouve que la VIlle avance en la matière? «Nous avons déjà dressé une liste de noms de femmes approuvée par le Collège dont nous nous inspirons dès qu’il est question de dénommer les voiries», assure Mohamed Ouriaghli, échevin de l’Égalité des Chances (PS). «Mais notre liste n’est bien sûr pas exhaustive».

Et c’est là que la Ville en appelle à vous.

Renommer les voiries?

La Ville rappelle aussi que renommer les voiries «n’est pas une chose aisée». Quand un changement de nom est décidé, les riverains ont 15 jours pour faire part de leurs réclamations éventuelles.

«Pour éviter des procédures pénibles de changement d’adresse pour les habitants, nous nous focalisons d’abord sur la dénomination de nouvelles voiries ou bien de places existantes mais qui ne portent pas encore de noms», explique Ans Persoons, échevine de l’Urbanisme. «Mais il ne s’agit pas de donner des noms de femmes à toutes les placettes et impasses peu visibles. Nous avons la volonté de donner des noms de femmes à de grandes rues ou bâtiments publics. Le développement de grands projets urbanistiques offrira dès lors beaucoup de possibilités.» On pense ainsi immédiatement au quartier Tivoli en développement à Laeken, ainsi qu’au futur quartier Neo au Heysel.

Pour rappel, les personnes qui donnent leur nom à des voiries doivent être décédées. La Ville de Bruxelles consulte toujours la Commission royale de Toponymie et Dialectologie avant d’attribuer un nom.

17 rues féminines seulement à Ixelles

15% de femmes seulement baptisent les rues de Bruxelles: la Ville attend vos suggestions
Maria Malibran, Née Garcia, a fini par épouser le violoniste belge Charles-Auguste de Bériot. Mais c’est avec le nom reçu de son premier mari, homme d’affaires français rencontré à New York, qu’elle est passée dans l’Histoire. Elle le donne à une rue d’Ixelles. Photo: Portrait de La Malibran par François Bouchot (1800-1842), au Musée de la vie Romantique (domaine public)
Ixelles aussi a fait le décompte de ses noms de rue. Et le constat est aussi sévère qu’à la Ville. Ainsi, il n’y a que 17 rues portant des noms de femmes dans la commune.

De la cantatrice Maria Malibran à la romancière Marguerite Yourcenar, première femme de lettres élue membre de l’Académie française, en passant par Marie Curie, grande scientifique détentrice des prix Nobel de chimie et de physique, la commune a mis à l’honneur plusieurs femmes illustres. «Si l’histoire a trop longtemps et trop souvent oublié les femmes, le Collège des Bourgmestre et Échevins compte corriger cette erreur en attribuant à des femmes les noms des nouvelles rues et en intensifiant la modification de certaines autres», prévient Ixelles dans un communiqué ce 8 mars, date de la Journée internationale pour les droits des femmes.

Tous les noms de rues de la commune ont été répertoriés et analysés par l’historien de l’ULB Thibault Jacobs. «Il a réalisé pour chacun des noms un inventaire du caractère historique, anecdotique ou symbolique, et proposé un résumé en 180 caractères. Ces brèves explications seront reproduites sur des plaques en émail et accrochées sur les murs à côté des plaques de noms de rue», annonce la commune.

Un Échevin des Droits humains

«Avec le Bourgmestre nous avons convenu que la première commande de ces plaques concerne toutes les rues qui portent un nom de femmes, et rien que ces rues. L’action de répertorier les rues qui portent des noms de femmes et de les expliquer aux citoyens, aux passants et aux touristes n’est pas anecdotique. Elle est symbolique et, à ce titre, importante», précise l’Échevin de l’Égalité et des Droits humains Romain De Reusme (PS).

Cette occasion permet aussi à la Commune d’Ixelles d’annoncer que l’échevin de l’égalité des chances disparaît des dénominations. C’est désormais un «échevin de l’Égalité et des Droits humains» qui travaillera sur ces matières. «Les Droits de l’Homme sont avant tout les Droits des femmes et des hommes, les Droits de chacun.e d’entre nous. La commune d’Ixelles considère que l’Égalité n’est pas une chance, mais qu’elle est un Droit! L’Égalité ne s’accommode pas de la faveur du sort. Le Bourgmestre et l’Échevin concerné annoncent donc rebaptiser plus justement l’Échevinat».

Le communiqué se termine en annonçant que la majorité a par ailleurs confié au Bourgmestre Christos Doulkeridis (Écolo) la mission de vérifier systématiquement que chaque nouvelle décision prise par le Collège respecte ou renforce l’égalité entre les femmes et les hommes.