MONDE

L’ex-major Bernard Ntuyahaga devrait être expulsé vers le Rwanda vendredi

L’ancien major Bernard Ntuyahaga, qui a purgé en Belgique une peine de vingt ans de prison pour sa participation dans l’assassinat des dix paracommandos belges à Kigali en 1994, devrait être expulsé vendredi vers le Rwanda, a-t-on appris mercredi auprès de sa fille.

L’homme se trouve en centre fermé depuis le mois de juin dernier et a épuisé tous les recours possibles, confirme l’Office des étrangers, qui est chargé de ramener cet homme dans son pays d’origine.

Juste avant sa sortie de prison, fin mai, Bernard Nthuyahaga a été mis à disposition des autorités en vue de son rapatriement. L’ex-major ne disposait en effet pas de titre de séjour légal en Belgique. Il a ensuite tenté d’obtenir le statut de réfugié et la protection internationale qui l’accompagne.

Fin septembre, le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) a cependant refusé de le lui accorder, «en toute indépendance», souligne-t-on mercredi à l’Office des étrangers. Une décision de reconduite à la frontière rwandaise et de privation de liberté s’en sont suivies.

L’homme est ainsi arrivé au bout des différentes procédures intentées par ses avocats et ne peut être maintenu indéfiniment en centre fermé, justifie-t-on à l’Office des étrangers. Les préparatifs de son expulsion ont dès lors démarré. Celle-ci aurait déjà dû avoir lieu le 30 novembre dernier mais avait finalement été reportée la veille à la demande de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), à en croire des documents officiels transmis par sa fille Bernadette Ntuyahaga, qui vit actuellement avec sa mère au Danemark.

L’instance basée à Strasbourg souhaitait en effet avoir des assurances diplomatiques de la Belgique quant au sort de Bernard Ntuyahaga une fois renvoyé dans son pays. Elle avait dès lors suspendu la mesure dite «d’éloignement» jusqu’au 6 décembre au moins. L’ambassade rwandaise en Belgique, qui avait déjà assuré oralement aux autorités belges que les droits et libertés de l’ex-major seraient respectés dans ce pays, a répété par écrit ces assurances.

«J’affirme que Mr Ntuyahaga n’aura rien à craindre», y assure l’ambassadeur Amandin Rugira. «Il sera réintégré dans la société rwandaise comme toute autre personne qui a purgé sa peine, il va retrouver dans la société plusieurs personnes qui ont été condamnées par les juridictions nationales et, après avoir purgé leurs peines, sont sorties de prison et sont réintégrées dans la société, où elles vivent en paix avec les autres.»

L’expulsion de l’ancien major devrait avoir lieu vendredi matin, selon sa fille Bernadette Ntuyahaga. L’Office des étrangers refuse cependant de confirmer la date en question.

Dans une lettre adressée à Maggie De Block (Open Vld), la fille de l’ancien major implore la secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration de ne pas renvoyer son père au Rwanda. «Parmi les droits érigés par la Belgique en libertés fondamentales, figurent trois libertés que la Belgique dénierait à notre famille en renvoyant mon père au Rwanda. À savoir le droit à la vie familiale, l’interdiction de la double peine ainsi que la prohibition de la soumission d’un individu à des traitements inhumains et dégradants», y énumère-t-elle.

Expulser Bernard Ntuyahaga «reviendrait à le soumettre au risque de le voir subir des traitements inhumains et dégradants et à infliger un châtiment moral dégradant à sa famille qui serait contrainte de constamment vivre dans l’angoisse au sujet du sort de mon père», poursuit Bernadette Ntuyahaga.

Si cette décision est toutefois maintenue, cette femme demande à Mme De Block «d’avoir le courage d’exécuter mon père, plutôt que de le condamner, en violation de vos lois et de nos droits, à un sort qui serait, pour lui et pour sa famille, pire qu’une peine de mort».

Des mots que la fille de l’ex-major a bien pesés. «Je préfère qu’il soit tué en Belgique plutôt que là-bas!», insiste-t-elle, les larmes aux yeux, dans un entretien avec l’agence Belga. «De cette manière, nous pourrons au moins visiter sa tombe», ajoute-t-elle.

Le gouvernement a, semble-t-il, décidé d’organiser une surveillance sur place, au Rwanda, après le retour de l’intéressé, à en croire une lettre adressée récemment par l’Office des étrangers à la CEDH.