• Le Lycée Intégral Roger Lallemand qui ouvre ce 1er septembre 2017 à Saint-Gilles propose une pédagogie différenciée et verticale pour le secondaire. Il a donc fallu ouvrir des classes de 1re mais aussi de 3e 4e et 5e.
SAINT-GILLES

Rentrée au Lycée Intégral Roger Lallemand, nouvelle école secondaire publique à Saint-Gilles: «Ici, tu ne coches pas de cases d’options quand tu t’inscris»

Une école secondaire qui ouvre à Bruxelles est plus rare qu’un jour sans file sur le Ring. 2017 est donc une année faste avec 4 ouvertures. Exemple à Saint-Gilles qui tente de renouveler l’image de l’enseignement public avec une pédagogie novatrice, verticale et différenciée. Sans options ni bulletins.

4 nouvelles écoles secondaires! Ce n’est pas à chaque rentrée qu’on peut compter autant de nouveaux bancs à Bruxelles. Les 184 places du Lycée Intégral Roger Lallemand en font partie. Saint-Gilles a donc solennellement salué l’événement ce 1er septembre, à grand renfort de citations de philosophes ou pédagogues fameux. Et sous les applaudissements des nouveaux «pensionnaires» de l’établissement, tout heureux d’être les bénéficiaires de la pédagogie novatrice prônée rue de la Croix de Pierre.

Le programme de cette nouvelle école publique, qu’on ne peut plus qualifier d’utopique tant il prend corps dans l’ancienne école technique saint-gilloise, semble ambitieux. Et savamment réfléchi. Il aura fallu près de 6 ans aux jeunes profs bruxellois réunis sous la bannière des Pédagonautes pour élaborer leur concept. Transdisciplinaire, celui-ci repose à la fois sur un cadre fixe et sur une grande ouverture.

Rentrée au Lycée Intégral Roger Lallemand, nouvelle école secondaire publique à Saint-Gilles: «Ici, tu ne coches pas de cases d’options quand tu t’inscris»
Thomas Zech fait partie de l’asbl Les Pédagonautes, à l’origine du projet pédagogique novateur du Lycée Roger Lallemand à Saint-Gilles. Photo: EdA - Julien RENSONNET
Des modules qui touchent à tout

«Ici, tu ne coches pas de cases d’option quand tu t’inscris», résume Thomas Zech, coordinateur pédagogique. «Outre un tronc commun de néerlandais, anglais et sciences sociales, notre enseignement repose sur des modules et des ateliers que les élèves choisissent pour trois semaines. Ça les confronte à des choix, mais qu’ils sont capables d’assumer puisqu’ils ne durent qu’une courte période».

Plutôt que de séparer les matières en plages horaires, ces modules réunissent une conception transversale des disciplines. «Par exemple, imaginons le module “Quelle mobilité à Saint-Gilles?”», reprend l’enseignant. «Il touche à tout puisqu’il requiert les math pour les statistiques ou les calculs horaires, les sciences, la sociologie, l’architecture, la géographie de la commune et l’histoire des modes de transport». Le matin, l’enseignement est théorique et l’après-midi, il est mis en pratique dans les ateliers. «On peut bien sûr imaginer y intégrer le sport, via une sortie à vélo», peaufine Zech.

 

 

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Le slogan du Lycée Roger Lallemand: «Apprendre pour être libre». Photo: EdA - Julien RENSONNET
Ainsi, tout le monde au Lycée Roger Lallemand suit un programme similaire et transdisciplinaire. Mais, c’est la force des pédagogies nouvelles, il peut s’affiner en fonction des élèves. D’autant que les enseignants peuvent exercer à deux dans la même classe. «On pratique la différenciation», reprend le coordinateur passionné. «Si on détecte un élève qui veut faire plein de math, on va le soutenir». L’ado pourra ainsi enchaîner des modules qui relèvent davantage de ses goûts et compétences.

L’outil ultime de cette école qui ringardise l’enseignement de papa? La verticalité. «En fin de matinée se tient ce qu’on appelle “le groupe de référence”», révèle Thomas Zech. «Il est “transâge”: ça veut dire que les 15 élèves qui le composent sont issus des différentes années. Ils s’y entraident, peuvent élaborer des remédiations, y pratiquent une démocratie». Pour la viabilité de ce concept, le Lycée Roger Lallemand compte donc dès son ouverture 4 classes de 1re (et une 1re différenciée), une de 3e, une de 4e et une de 5e. La 2e et la 6e se grefferont l’an prochain, en raison des réglementations scolaires qui obligent à ne pas interrompre les cycles de 2 années successives. «Le principe s’applique aussi aux profs qui ne resteront pas coincés avec leurs manuels mais iront puiser les ressources partout, dans l’associatif, l’artistique ou ailleurs».

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Les élèves s’aideront à travers les classes d’âges. Photo: EdA - Julien RENSONNET
Le projet séduit. L’école est remplie. Les profs y montrent une certaine fierté. «Nous avons construit une pédagogie qui correspond à notre contexte d’élèves et notre contexte d’enseignants», termine le coordinateur pédagogique, pour qui l’implantation dans un quartier à foret mixité sociale était une condition sine qua non. «Notre démarche est une première dans un établissement public belge. La volonté première, c’est d’y apprendre ensemble. Bien sûr, toute cette souplesse doit être cadrée: on ne fera pas n’importe quoi».

Impossible de donner des points à la méthode: au Lycée Roger Lallemand, il n’y a pas de bulletin.

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Le bâtiment est celui de l’ancien Institut technique Pierre Paulus. Son aile B (photo) doit encore être rénovée et sera reliée à la A par une passerelle couverte. Elle ouvrira en 2019. Photo: EdA - Julien RENSONNET

 

«On a poussé les murs»

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L’échevin socialiste Alain Hutchinson avoue sa fierté de terminer sa carrière politique en ouvrant une école secondaire à Saint-Gilles. Photo: EdA - Julien RENSONNET

Alain Hutchinson, vous êtes échevin de l’Enseignement (PS) à Saint-Gilles. Créer une école, ça reste compliqué à Bruxelles?

C’est un parcours du combattant sur le plan administratif. Malgré une volonté politique affirmée. Il faudrait revoir la législation à tous points de vue. Elle est trop complexe.

Pourquoi l’équipe pédagogique du Lycée Roger Lallemand a-t-elle abouti à Saint-Gilles?

C’est un peu un hasard. Ils connaissaient la députée bruxelloise Caroline Désir (PS) et lui ont dit qu’ils cherchaient un lieu. On s’est rencontrés. On a confronté leur idéalisme et mon pragmatisme. L’Institut Paulus, établissement technique, a été transféré à la CoCoF. L’espace s’est libéré, nous l’avons rénové. Le second bâtiment, qui hébergeait les ateliers, ouvrira dans 2 ans. Il sera relié au premier par une passerelle couverte.

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L’exemple saint-gillois de pédagogie novatrice trouverait déjà des échos à Bruxelles et Anderlecht. Photo: EdA - Julien RENSONNET
Le projet pédagogique est ambitieux. Il trouve à Saint-Gilles un terreau idéal?

Les Pédagonautes voulaient une école ouverte sur le quartier, accueillante pour tous, pas un établissement réservé à une élite. L’idéal, c’était un quartier de mixité comme Saint-Gilles, même si la commune se boboïse, c’est vrai. Cela correspond avec notre volonté d’offrir un enseignement public qui donne tous les outils pour avoir le choix de toutes les orientations professionnelles après. Quel que soit le milieu! Ma fierté, c’est de voir aujourd’hui des papas blacks, des mamans voilées, toutes les couleurs.

C’est une première dans le public, dont l’enseignement souffre parfois d’une image négative.

Effectivement, les pédagogies actives et différenciées sont souvent l’apanage d’asbl. C’est donc une grande fierté d’ouvrir ce lycée: nous sommes un peu précurseurs. Je me réjouis aussi de voir que notre initiative ouvre la réflexion dans l’enseignement public à Anderlecht ou à la Ville. Il faut que l’enseignement public réussisse à entrer davantage en adéquation avec le monde tout en répondant aux critiques. Justifiées, car il faut reconnaître que nous ne sommes pas performants. Ici, on va montrer ce qu’on peut faire dans le secteur public. Sans pour autant faire de cette école un laboratoire d’expérimentation pédagogique.

Rentrée au Lycée Intégral Roger Lallemand, nouvelle école secondaire publique à Saint-Gilles: «Ici, tu ne coches pas de cases d’options quand tu t’inscris»
Le bâtiment, le nerf de la guerre dans l’enseignement bruxellois. Photo: EdA - Julien RENSONNET
Les bâtiments, c’est le nerf de la guerre. Comment créer encore davantage de places?

Ici, c’est une reconversion. Bien sûr, construire à Saint-Gilles est difficile: il n’y a plus de place. Mais nous avons augmenté la disponibilité du fondamental de plus de 700 places depuis le début de la législature. À l’époque, 800 enfants étaient sur liste d’attente: pour cette rentrée, il n’y en a aucun. Et ici, nous ouvrons 184 places.

Comment procédez-vous?

Via des rachats d’abord. Ensuite, on pousse les murs. De grandes écoles ont été construites qui hébergeaient à l’origine assez peu d’élèves. Des bâtiments ont été délaissés puis abandonnés que nous avons rénovés pour créer de nouvelles sections. Ainsi, nous avons pu faire face à la demande croissante due au rajeunissement de la population saint-gilloise. Maintenant, nous sommes en vitesse de croisière.

On n’ouvre pas tous les jours une école secondaire à Bruxelles...

Effectivement. À titre personnel, cette ouverture est d’ailleurs un grand plaisir et une émotion puisque je ne me représenterai plus au prochain scrutin: je termine donc ma carrière d’élu en ouvrant une école secondaire à Bruxelles. Une fierté.

+ LIRE AUSSI (2014) | « À Saint-Gilles, nous comptons de nombreux citoyens en âge de faire des enfants. Et qui en font! »

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L’échevin Hutchinson reconnaît que «Saint-Gilles se boboïse» mais l’équipe des Pédagonautes apprécie la mixité sociale qui y reste présente. Photo: EdA - Julien RENSONNET