Les limites de l’illimité : la vérité sur les offres des opérateurs
Pour les opérateurs de téléphonie mobile, illimité est un terme purement marketing qui ne correspond pas à la réalité des conditions de l’abonnement.Crédits: kantver - Fotolia
Conso

Les limites de l’illimité : la vérité sur les offres des opérateurs

SMS et appels illimités des abonnements mobiles sont limités dans les faits, comme le rappellent les conditions générales.

Proximus, Orange et Base/Telenet abusent-ils sciemment de l’adjectif illimité?

SMS illimités. Appels illimités.

La notion est omniprésente dans les offres de nos opérateurs.

Est-elle respectée à la lettre?

Les plus optimistes se fieront à la définition du Larousse : «Qui n’est pas limité, qui est sans restriction ou sans terme fixé».

Les plus méfiants éplucheront les conditions générales.

Cette analyse sera ponctuée de surprenantes découvertes et de restrictions incompatibles avec l’adjectif illimité.

 

«Usage normal» et «en bon père de famille»

 

Les trois propriétaires d’un réseau de téléphonie mobile en Belgique (Proximus, Orange, Base/Telenet) proposent des abonnements qui marient les SMS et les appels illimités.

Illimités, vraiment?

Le site de Proximus vous met rapidement la puce à l’oreille: «Usage illimité uniquement pour un usage personnel conformément aux conditions générales.»

De concert, Orange et Base invoquent le concept d’usage normal.

«Cet usage normal vous permet une utilisation véritablement intensive», tente de rassurer Base.

De la promesse commerciale de l’illimité à l’utilisation intensive, le ton change.

Pire, il devient partial et sujet à interprétation lorsqu’il ose évoquer une utilisation «en bon père de famille» et l’éventuel usage «non-conforme à celui que l’on est en droit d’attendre d’un client concluant un contrat de téléphonie mobile (tel que notamment: usage du GSM comme baby phone).»

Bref, vous contractez un abonnement présenté comme illimité mais son fournisseur attend de vous que vous vous fixiez des limites.

 

 

Les limites en chiffres

 

SMS illimités?

Chez Base/Telenet, si «vous envoyez plus de 350 SMS par jour et/ou 10 000 SMS par mois», «votre usage sera présumé frauduleux».

Le risque encouru: «Telenet Group sprl se réserve le droit de limiter la fourniture de services ou de suspendre et/ou de résilier votre contrat.»

Dans le camp d’Orange (ex-Mobistar), «l’usage SMS normal est présumé ne pas dépasser 10 000 SMS par mois». Attention également si vous «envoyez des SMS régulièrement à plus de 250 correspondants différents par mois».

Pour les appels, Base donne deux exemples précis qui vous placent en position de possible interruption ou exclusion du service:

«Vous appelez régulièrement plus de 6 heures par jour et/ou 30 heures par semaine»

«Vous appelez régulièrement plus de 3 heures de façon ininterrompue et/ou par biais de conversations poursuivies immédiatement après leur interruption»

Chez Orange, ces 3 heures ininterrompues sont également brandies: «Quand vous appelez plus de 3 heures de façon ininterrompue et/ou par le biais de conversations poursuivies immédiatement après leur interruption), Orange se réserve le droit de restreindre la fourniture du service, de suspendre et/ou résilier votre contrat, et/ou de prendre d’autres mesures qu’elle juge utile ou nécessaire.»

Quid de Proximus? Nous avons interrogé l’opérateur sur les conditions exactes des limites imposées à ses abonnements mobiles illimités. «On n’est pas plus explicite dans nos conditions générales», indique son service de communication.

 

 

«Nous avons aussi des coûts à assumer»

 

Entre la volonté d’identifier et sanctionner les utilisations frauduleuses et le discours marketing qui vend un illimité limité, les opérateurs jouent clairement les équilibristes.

«Si nous posons des limites à l’illimité, c’est avant tout pour nous protéger des abus», argumente François Bailly, porte-parole de Base/Telenet. «L’exemple concret et inacceptable, c’est ce dancing qui a envoyé d’un coup d’un seul 5 000 SMS à ses membres à partir d’une carte SIM privée. Il existe pourtant des formules business sur mesure pour ces opérations.»

«Nous avons aussi des coûts à assumer», poursuit François Bailly. «Lorsqu’un SMS part du réseau Base vers le réseau Orange, nous rétribuons Orange selon le principe des tarifs de terminaison.»

Si les SMS sont limités à 10 000 par mois, si les appels sont eux aussi limités, pourquoi ne pas simplement l’indiquer sur les offres, les sites, les supports de communication?

«Parce que nous considérons que les limites fixées sont celles que l’utilisateur n’atteindra jamais», tranche la voix de Base/Telenet. «Cette déformation de l’adjectif illimité est également une forme de consensus dans le secteur. Globalement, c’est nettement plus compréhensible pour le client.»