Du sang dans votre GSM : l’Europe légifère… mais pas trop
Or, tungstène, étain, tantale sont les quatre minerais de sang présents dans votre smartphone et pour lesquels l’Union européenne a décidé de légiférer.Crédits: Dario Lo Presti – Fotolia
Belgique

Du sang dans votre GSM : l’Europe légifère… mais pas trop

L’Union européenne sort un texte encadrant le commerce des «minerais de sang». Un texte bien moins contraignant que prévu.

Ils sont dans nos téléphones portables, tablettes et ordinateur: les minerais de sang. Ils tiennent leur nom de la manière dont ils sont extraits: des hommes sont exploités par des groupes armés afin d’extraire du tungstène, du tantale, de l’étain et de l’or dans des mines en Afrique et surtout en République démocratique du Congo, dans la Région des Grands Lacs. Les groupes armés contrôlent ces mines et en tirent des bénéfices. Bref, quand vous achetez un téléphone, vous financez ces groupes armés.

Face à cette problématique, l’Europe s’est mise d’accord sur une réglementation ce vendredi pour encadrer l’importation des minerais de sang. La future mesure contraint les entreprises importatrices de minerais bruts de s’assurer et de garantir qu’il n’y a pas de lien entre leur chaîne d’approvisionnement et les conflits armés.

Cette mesure a été présentée comme une grande avancée pour les droits humains par les représentants de l’Union. «L’UE s’engage à empêcher que le commerce international des minéraux ne finance les seigneurs de guerre, les criminels et ceux qui violent les droits de l’Homme», a déclaré Lilianne Ploumen, ministre du Commerce extérieur des Pays-Bas, dont le pays assure la présidence tournante de l’Union.

Un an de discussion… pour accoucher d’une souris

Il faut dire que ça fait un an que le texte est sur la table des négociations. Ce sont les députés belges Marie Arena et Louis Michel qui avaient porté le texte il y a un an. Leur but: contraindre les entreprises qui produisent, importent et transforment ces minerais à une transparence, industrie électronique y compris. «Le vote qu’avait fait le Parlement européen le 20 mai dernier était un vote très ambitieux qui légiférait dans le sens d’une obligation de surveillance de la chaîne d’approvisionnement pour toutes les entreprises européennes», note Santiago Fischer, chargé de plaidoyer dans l’ONG Justice et Paix. Sauf que depuis lors, certains pays européens ont mis des bâtons dans les roues de l’avancée de ce texte.

Résultat: seuls les importateurs de minerais bruts, les fonderies et les raffineries doivent montrer patte blanche, ce qui représente 400 à 450 entreprises selon l’ONG Justice et Paix. Les grandes industries électroniques, quant à elle, peuvent continuer leur business tranquillement. «Il faut savoir que la plupart (85%) des minerais qui entrent sur le marché européen sont déjà transformés et assemblés, explique Santiago Fischer. Ils ne sont donc plus à l’état brut car ils ont déjà été travaillés en Asir par exemple. Tous ces minerais ne sont pas soumis à cette obligation.»

La trouille de perdre leur part de marché

Pour l’ONG Justice et Paix, l’Europe a manqué de courage face aux lobbies des entreprises. «La présidence néerlandaise nous a confié que le blocage sur le fait d’obliger les entreprises à faire des choses, relate Santiago Fischer. Et ça, c’est vraiment la crise financière et économique qui se fait ressentir: l’Europe a une peur bleue que la Chine ou l’Inde viennent nous manger des parts de marché et du coup, les États membres ne veulent pas contraindre les entreprises. Selon nous, c’est une erreur car on parle de personnes qui souffrent, mutilées et massacrées à l’autre bout de la chaîne»

Pour mieux comprendre la problématique des minerais de sang: