En manque de drogue, faute de visites, en prison

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En manque de drogue, faute de visites, en prison

L’injection, déjà difficile en prison, maximalise les risques pour les détenus. Photo: IMAGEGLOBE

Faute de visites, la drogue commence à ne plus être approvisionnée dans les prisons. Difficile de calmer les détenus «en manque». Une majorité des prisonniers sont des consommateurs de stupéfiants, et un tiers ont même été condamnés pour cela.

C’est une des conséquences inattendues de la grève des gardiens, qu’a soulevée le directeur de la prison d’Andenne, Marc Dizier. Vu l’absence de visites aux prisonniers, et l’impossibilité de leur faire parvenir colis, denrées ou linge propre, l’approvisionnement en drogue «est devenu plus difficile, pour ne pas dire nul», soulignait le responsable de cet établissement pénitentiaire de 420 détenus. Parmi ceux-ci, les plus accros à la drogue souffrent de «manque», ce qui ajoute encore de la difficulté à la gestion de la crise.

Que de la came circule en prison, ce n’est évidemment un secret pour personne. Le constat du directeur de la prison d’Andenne, qui avoue que la drogue permet aux détenus de «passer le temps», ne surprendra pas grand monde, même si les études sur le sujet ne sont pas légion. L’une d’elles, remontant à juin 2010, révèle pourtant qu’une majorité des détenus (61% de ceux qui ont accepté de répondre à l’enquête) déclarent avoir consommé dans leur vie une ou plusieurs drogues autres que l’alcool ou le tabac.

Nombreux à avoir fait une overdose

Le cannabis est la substance qui a le plus souvent été expérimentée au sein de la population carcérale (49,5%), suivi de la cocaïne (37,5%), les amphétamines et l’ecstasy. Mais l’étude menée par le SPF reste floue quant à savoir dans quelle mesure cette consommation de stupéfiants se déroule en prison. On apprend quand même que 2,6% des détenus consommateurs déclarent avoir fait une overdose durant leur détention actuelle, que 12,9% ont consulté un membre du personnel médical en raison de leur consommation. Et que 8,2% suivent un traitement de substitution.

Une autre donnée importante concerne les condamnations: un tiers (32,1%) des plus de dix mille personnes incarcérées dans les 33 prisons belges (au moment de l’enquête) l’étaient en tout ou en partie pour des faits de drogues: possession, usage ou trafic. 11,4% étaient même détenus exclusivement pour ces faits. Les réseaux huilés d’approvisionnement ne manquent donc pas au sein même des établissements.

«La prison est rarement le lieu où la première expérimentation de drogues illégales prend place, puisque seulement 4% des répondants ont répondu y avoir découvert un produit illégal, ce qui correspond à 7,2% des détenus ayant déclaré avoir déjà consommé au moins une fois une drogue illégale», confirme le rapport 2014 d’Eurotox. Qui ajoute qu’«indépendamment de ce constat, ce n’est peut-être pas l’enfermement en tant que tel qui pousse certains détenus à découvrir de nouveaux produits, mais probablement les conditions de vie en détention.»

Des risques maximisés

«Démarrer l’usage de certains produits en prison n’est pas rare», souligne Eurotox. Et cette fois, c’est l’héroïne qui arrive, devant le cannabis et les benzodiazépines, en tête des produits les plus consommés pour la première fois dans ce milieu carcéral. Ce qui ne manque pas de poser problème puisque, en milieu carcéral, les prises de risques liés à l’injection sont maximisées. L’injection se pratique évidemment de manière clandestine, et souvent avec les moyens du bord: un stylo bricolé quand on n’a pas récupéré dans les poubelles de l’infirmerie une seringue, souvent partagée, vu la rareté. Et là encore, le mouvement de grève n’arrange pas «l’approvisionnement».

La tension s’alimente aussi indirectement, via l’argent. «Il n’est pas rare, note le rapport, que certains détenus contractent des dettes en raison de l’usage de drogues en prison, et qu’ils éprouvent des difficultés à les épurer .» C’était le cas pour 16,5% d’entre-eux. Dont 13,2% déclarent avoir été victimes d’une vengeance de la part de leur créancier, tandis que 5,9% avaient recours au deal de drogues afin de pouvoir s’en acquitter.

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