Électricité : évitez le « black-out » en organisant des fêtes
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Société

Électricité : évitez le « black-out » en organisant des fêtes

Chaque citoyen peut agir sur la consommation électrique, et ainsi éviter les risques de black-out. Citizens’Reserve propose, sur internet, de regrouper et de coordonner ces initiatives. Et ainsi de constituer une réserve «d’effacement» citoyenne mobilisable au moment des risques de délestage. Une réserve qui vaudra son prix.

Objectif de Citizens’Reserve: éviter les délestages tant redoutés cet hiver sur le réseau d’électricité en Belgique, ce fameux «black-out» que personne ne peut plus ignorer tant les mises en garde ont été massives. Comment y parvenir? En constituant une «réserve d’effacement» de la consommation, représentée par un collectif de citoyens prêts à poser un geste, à se priver d’une partie de leurs besoins électriques au moment précis du pic de la demande. Et ainsi éviter que les prix de l’électricité ne s’envolent sur le marché en raison du déséquilibre avec la production, explique Frédéric Chomé, à l’origine de cette initiative. Actif aujourd’hui dans le développement durable, l’homme a durant cinq ans été en charge des prévisions de consommation chez Electrabel. Il connaît bien le sujet.

Défi: réunir au moins 100 000 citoyens

Pour parvenir à atteindre le seuil de 400 MW de consommation «effaçable» (soit la production d’une petite centrale au gaz), il faudrait que 150 000 à 200 000 citoyens participent au projet. «Mais comme on espère que des entreprises et des communes participent aussi, on pense pouvoir réduire ce nombre à 100 000. Ce serait un minimum», estime Frédéric Chomé, qui a mis les moyens de sa société Factor-X pour lancer son projet.

Après avoir sondé 1 000 personnes en octobre, et avoir reçu 96% de réponses «enthousiastes» dit-il, l’initiative a été lancée ce lundi matin, en français, et le sera mercredi en néerlandais. Un formulaire en ligne sur lesite internet donne l’occasion à n’importe qui de s’inscrire. Des questions très précises permettent d’évaluer ce que chaque participant est susceptible d’«économiser». «Le gouvernement a décidé de faire une campagne de sensibilisation mais sans pouvoir estimer quel serait le potentiel de réduction de la consommation des gens. Or, on a besoin de cette info pour pouvoir aider les gestionnaires de réseau et les producteurs d’électricité. Si on ne fait pas cela, on joue dans un monde de bisounours», prévient Frédéric Chomé. Les gens, même en bonne volonté, auront un comportement inadéquat.

«On va organiser des fêtes»

Mais que peut-on faire, concrètement, pour réduire sa consommation au moment voulu? La liste des actions possibles est très longue. Cela va de choses aussi évidentes qu’éteindre la lumière dans les pièces où l’on ne séjourne pas, à des actions plus contraignantes, comme manger froid ou éviter de prendre une douche. Jusqu’à des initiatives plus surprenantes, comme… s’inviter chez des amis. «Une des meilleures choses que l’on puisse faire», suggère M. Chomé. «On va organiser des fêtes les soirs à risque», prévoit-il. Quand tout le monde est regroupé au même endroit, c’est autant de consommation en moins au domicile des invités. «Plus de 25% des sondés sont d’accord. Et on va aussi solliciter les communes à organiser ces fêtes. Et les entreprises seront invitées à laisser sortir leurs employés plus tôt.»

Le pic prévisible de consommation en hiver se situera entre 17 et 20 h. Grands consommateurs d’électricité, communes et entreprises restent néanmoins des partenaires intéressants pour Citizens’Reserve. Qui est, par exemple, «en pré-discussions avec un centre commercial». Outre limiter l’éclairage et la climatisation, on pourrait notamment «arrêter tous les escalators qui descendent. Mine de rien, c’est énorme. Un escalator, c’est comme deux ou trois ménages qui ne seraient pas à la maison.»

Alerte fictive en décembre

Le jour de prévision de délestage venu, chacun des participants recevrait un simple SMS et réduirait sa consommation comme promis, au moment opportun. Frédéric Chomé, qui table sur les prévisions d’un mois de décembre plutôt doux, prévoit de lancer à ce moment une «alerte fictive», de manière à prouver que Citizens’Réserve dispose bien des quantités d’électricité «effaçables» prévues. Il sera alors en mesure de «négocier» une collaboration avec les producteurs et le gestionnaire du réseau, le donneur d’alerte.

Dès lors, Frédéric Chomé a évidemment songé à «monnayer» auprès de ces derniers cette sorte «d’assurance de continuité», influant la demande et les prix de l’électricité. Rémunération qui serait redistribuée entre ceux qui participent au projet. Pas cet hiver, «où on est prêts à la gratuité», mais à plus long terme. Car des risques de forte tension persisteront sur le marché. «La gestion restera critique chaque année», prédit-il en spécialiste. La «réserve d’effacement» citoyenne pourrait valoir de l’or. Même si 97% des sondés enthousiastes se disent prêts à agir gratuitement, pour la bonne cause.