L’expérience, ça vaut des années d’unif

Valoriser son expérience comme des années d’études, c’est faisable. Mais ce n’est pas de tout repos.

Crédits: PhotoAlto / Reporters
Belgique et monde

L’expérience, ça vaut des années d’unif

La Valorisation des acquis de l’expérience permet d’obtenir des dispenses en cas de reprise d’études.

Être mieux formé à sa fonction, se réorienter, viser un poste plus intéressant : les bonnes raisons de reprendre des études après plusieurs années de vie professionnelle ne manquent pas.

Mais la durée des études peut être un obstacle insurmontable, lorsqu’on doit déjà jongler entre une vie professionnelle et une vie de famille bien remplies.. Une solution pour raccourcir la reprise d’études est la Valorisation des Acquis de l’Expérience (VAE) à l’université. Elle permet au travailleur de bénéficier de dispenses, voire d’une admission directement au second cycle (master), lorsque l’expérience qu’il a déjà acquise sur le terrain rend certains cours superflus.

Un large choix de filières

Jean-Yves Gilain a décidé de tenter sa chance l’année passée. Ce père de famille de 38 ans, comptable dans une maison de repos, a vu ses responsabilités se réduire lorsqu’une entreprise plus grande a repris celle qui l’employait en avril 2010 : « Auparavant, ma fonction était très vaste, je faisais beaucoup de choses. Maintenant, on m’a demandé de me spécialiser dans la comptabilité pure, la finance, je ne fais plus vraiment de management. »Jean-Yves était déjà titulaire d’un graduat en assurances et d’un post-graduat en management : « Si je voulais aller plus loin, que ce soit dans mon entreprise actuelle ou ailleurs, il me fallait un master. »Et Jean-Yves d’opter pour un master en sciences de gestion aux FUNDP, « une des filières les plus prisées en VAE », explique Anne-Françoise Santy, conseillère VAE à l’UCL et aux FUNDP (les deux universités ont mis ce service en commun). « Avec les sciences sociales et politiques et les sciences de l’éducation. »

Sa collègue France Dantinne précise : « Depuis le décret « Bologne » de 2004, tous les programmes des universités sont théoriquement accessibles. Mais dans les faits, il est impossible d’adapter tous les programmes aux horaires, souvent décalés, des étudiants en VAE. »

En effet, ceux-ci doivent jongler avec une vie professionnelle souvent à plein temps, et leur vie de famille. « C’est pas toujours évident », relève Jean-Yves Gilain. « Je ne vois pas toujours mes enfants le soir, heureusement que je peux les conduire à l’école le matin. »

Sans compter les blocus : les mois de janvier, de juin et parfois d’août sont consacrés aux révisions intensives. Et si les cours des étudiants « normaux » s’arrêtent durant ces périodes, ce n’est pas le cas des obligations professionnelles des adultes en VAE… « J’ai dû reporter deux examens en seconde session », explique Jean-Yves. « J’ai mon dernier la semaine prochaine… »

La VAE a fait gagner un an à Jean-Yves, qui a pu accéder, grâce à son expérience, directement à l’année préparatoire au master en gestion. « Au début, je me suis demandé où j’étais tombé. On doit réapprendre à étudier, à prendre note, c ‘est loin d’être évident. »

Et le plus dur reste à faire : « L’année prochaine, c’est la dernière, et donc le mémoire qui m’attend… ». Un passage critique, selon Anne-françoise Santy : « Certains doivent postposer d’un an la remise du mémoire, et il peut arriver que le mémoire n’aboutisse jamais, même si c’est rare : les gens en VAE sont très motivés, et donc prêts à travailler beaucoup pour réussir »