Un château en Italie, ça vous dit? C’est gratuit…
La Villa Bonelli, à Barletta dans les Pouilles: l’un des bâtiments que l’Italie se prépare à céder, contre un projet de tourisme lent. D’autres sont moins imposants. Et pas toujours pimpants.Crédits: -
PATRIMOINE

Un château en Italie, ça vous dit? C’est gratuit…

Pourquoi vouloir construire des châteaux en Espagne? L’Italie les donne. Châteaux et autres bâtiments, c’est cadeau. Sous conditions, bien sûr. Les sites concernés (une centaine) sont répartis sur tout le territoire italien. Comment ça marche?

L’Unesco a déjà grondé l’Italie pour le peu de moyens consacrés à l’entretien de son immense patrimoine historique. C’était le cas du site de Pompéi, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, comme 48 autres monuments italiens.

Si les moyens manquent déjà pour les sites historiques qui bénéficient d’une grande notoriété, on imagine la douleur des monuments qui ne sont pas reconnus sur le plan international.

Le projet Chemins et Routesdoit permettre au pays de sauver une partie de ce patrimoine négligé: l’État est prêt à donner 103 de ses bâtiments: châteaux, bâtiments militaires, anciennes gares et locaux divers plus ou moins rustiques, mais aussi des écoles, parfois dans un état assez tragique (la vidéo ci-dessous).

Ils sont actuellement plus ou moins abandonnés, rongés par le temps et le manque d’entretien, contre un projet de rénovation à destination touristique, comme le rapporte le site d’information Mashable.

C’est une initiative de l’Agence de la propriété d’État.

Sur la piste du tourisme lent

Et ce n’est pas parce que l’État donne une partie de ses biens qu’on peut en faire n’importe quoi. Les conditions sont assez contraignantes en soi: la reprise d’un bâtiment doit s’accompagner d’un projet de préservation, de rénovation (le plus souvent indispensable) et de développement touristique.

Et pas tout à fait n’importe quel développement. Pas n’importe quel tourisme non plus. Si le projet est intitulé «Chemins et Routes», c’est parce que les sites concernés sont situés le long des parcours de pèlerinage historique ou religieux, notamment (Via Appia, Via Francigena, Cammino di Francesco, Cammino di San Benedetto). C’est le public que l’Italie cherche à attirer: les amateurs d’un tourisme lent, randonneurs, cyclistes ou pèlerins.

Et qui peut se positionner comme repreneur potentiel? Le projet vise avant tout des entreprises, des particuliers aussi qui seraient capables de garantir que leur dossier tient la route.

Cette privatisation partielle du patrimoine public peut surprendre. Mais l’Italie a déjà réinventé plusieurs fois le concept du mécénat, par ailleurs né au cœur de la Botte. De grands groupes privés ont déjà contribué à restaurer quelques «stars» du patrimoine romain, comme la fontaine de Trevi ou le Colisée (6 millions de visiteurs par an).

Il y a trois ans, l’Italie a par ailleurs vendu aux enchères d’autres biens culturels et patrimoniaux. Toujours sous réserve de préservation. Reste à voir ce qui est mis en place si les conditions ne sont pas respectées.

Maisons à 1 euro, villages à vendre, prime au nouvel habitant…

Des maisons à vendre pour 1 euro: c’était en 2013, dans le village de Gangi, en Sicile. La localité, passablement désertée depuis des décennies, avait choisi cette formule pour ramener du monde dans ses (belles) ruelles médiévales. Les bâtisses lâchées pour l’euro symbolique étaient néanmoins celles qui réclamaient les plus gros efforts de rénovation. Et la condition du maire de Gangi pour vendre à prix écrasés, c’était de s’engager à entreprendre des travaux dans les 3 ans.

Objectif atteint: fin 2016, environ 100 maisons avaient été vendues. La vie est revenue dans le village sicilien.

La formule «village à vendre à prix écrasé» est même devenue tendance un peu partout en Europe. Le bourg médiéval de Sismano, en Toscane, les 8 vieilles maisons en pierre de Chartrier-Ferrière en Corrèze, le village de Kayaköy en Turquie (désert depuis… 90 ans)

Enfin, dans cette grande bagarre pour le repeuplement de bourgades, certains maires proposent des locations à prix cassés et lancent de grands appels tous azimuts. Comme la municipalité de Bormida (en Italie, encore), qui promettait des logements à petits prix (de 50 à 120€ par mois) et une prime de 2 000€ à l’installation.

L’annonce a provoqué un déluge de réactions et le débarquement d’équipes de télévision de toute l’Europe. Totalement débordé par les candidats (17 000 demandes), le maire de Bormida, Daniele Galliano, s’en mord les doigts. Non, on ne peut pas accéder à l’offre si on ne réside pas déjà en Italie. Non, il n’y a pas un boulot en prime. «L’annonce a été mal interprétée», dit-il sur sa page, qui reçoit encore en ce moment des demandes d’Espagne, d’Argentine, de Chine, de Turquie, de Russie…

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