Un demi-siècle pour Roberto Baggio, le «loser magnifique»
Roberto Baggio lors de la finale de la coupe du monde aux USA en 1994.Crédits: Reporters/DPA
Football

Un demi-siècle pour Roberto Baggio, le «loser magnifique»

Ce samedi, Roberto Baggio fête ses 50 ans. L’occasion de revenir sur le cruel destin de l’un des plus beaux héros du football des années 90.

Au moment de s’élancer, la légende veut que le numéro 10 italien n’ait encore jamais manqué de pénalty. Quelques secondes plus tard, son destin s’en trouvait chamboulé. Taffarel bondit tel un chat devant sa ligne. Mais pour rien. L’envoi du «Divin Codino» part largement au-dessus de la transversale du portier brésilien: l’Italie est battue aux tirs au but, c’est le Brésil qui s’offre une quatrième étoile sur le maillot.

Ce splendide raté est, évidemment, entré dans l’histoire du football. D’une part, parce qu’il décide d’un sacre mondial; d’autre part car son auteur, Roberto Baggio, est LA star du moment.

 

«Les anges chantent dans les pieds de Roberto Baggio»

 

Nommé «Ballon d’or» quelques mois plus tôt, Roberto Baggio est, à ce moment, l’idole de beaucoup d’amateurs du football. Et pas qu’auprès des tifosi. Doté d’une conduite de balle qui allie grâce et technique en mouvement, le maestro de la Juve présente aussi un physique atypique dans un football hérité du catenaccio. Dans un univers faisant l’apologie de la tactique et du physique, il est l’exception qui confirme la règle: «Les anges chantent dans les pieds de Roberto Baggio», titrait à son sujet la Gazetta dello Sport.

Car, si «Roby» fascinait tant, c’est parce qu’il incarnait avant tout cette victoire de la grâce sur le bourrin. Footballistiquement s’entend. Sa légendaire queue-de-cheval, à la limite de la queue-de-rat, est elle aussi passée à la postérité: si d’autres l’arborent également, le look de Baggio est assurément entré au panthéon du mauvais goût sur la planète foot.

 

Victime d’un genou détraqué

 

Son physique: il s’agit là de plus qu’un simple aspect de sa personne. Si de nombreux bambini voudront copier la faute de goût capillaire de leur idole, c’est surtout sa stature chétive qui va dicter sa carrière footballistique.

Arrivé de Vicenza à la Fiorentina, il se blesse gravement au genou. Afin de surmonter ce coup du sort qui l’affecte énormément, il choisit de se convertir au bouddhisme. Revenu petit à petit dans le coup, il conquiert rapidement le cœur des tifosi de la Primavera.

La suite de son parcours s’apparente à un «Giro» du calcio: il prend la direction de Turin et de la Juventus, où son numéro 10 devra attendre l’arrivée d’Alessandro Del Piero pour connaître un juste hériter, puis passe par les deux clubs milanais avec une halte en cours de route à Bologne.

Il terminera sa carrière à Brescia, non sans avoir alterné les dribbles, les buts… et les opérations du genou. «Mon genou est un désastre», déclarait-il en février de l’année dernière lors d’une interview à nos confrères de SoFoot. «D’ailleurs, j’ai aussi des problèmes au dos, parce que j’ai mal couru pendant toute ma carrière à cause de ce genou. Je règle l’addition. Je la règle maintenant.»

Régulièrement, les après-matches se traduisent par plusieurs heures sans plus pouvoir poser le pied à terre. Avec ses différents entraîneurs, c’est «je t’aime, moi non plus». Les uns le jugent trop tendre physiquement, les autres se refusent à lui laisser le rôle libre qui lui va si bien.

 

Si près de la gloire

 

Un demi-siècle pour Roberto Baggio, le «loser magnifique»
Il a été un emblématique numéro 10 de la Squadra. Photo: Reporters / DPA
Lorsqu’il prend part à la World Cup 1994, Roberto Baggio est donc l’une des plus merveilleuses stars du foot mondial. Incompris par certains, subjuguant les autres, il incarne ce football italien à l’accent chantant perdu au milieu d’un calcio viril et très organisé tactiquement.

Il a du reste déjà buté lors du précédent Mondial et affiche la forme de sa vie. Mais celui qui est toujours apparu comme aussi frêle mentalement qu’il ne l’était physiquement rate donc le péno décisif. Mains sur les hanches, il regarde longtemps encore son ballon partir dans les nuages pour ne jamais revenir. Sa chance est passée. Sa gloire est passée. Plutôt que de rentrer au pays en véritable héros, il baisse la tête et se prend le visage dans les mains. Tragique image d’un looser magnifique.

Quatre ans plus tard, Roberto est du voyage en France. Il y inscrit deux buts et devient, jusqu’à ce jour, le seul joueur italien à scorer dans trois coupes du monde différentes. Mais comme en 1990 et 1994, la Squadra Azzurra est éliminée aux pénaltys. La poisse. Cette fois, Baggio réussit son tir, preuve qu’il en avait tout de même, du mental. Mais cela ne suffit pas et son rêve de soulever le trophée s’éloigne définitivement.

Il ne lui aura pas manqué grand-chose pour s’élever définitivement au rang des vedettes de son calibre: quelques centimètres dans le Rose Bowl de Pasadena un soir de juillet. Comme quoi, parfois, le destin des plus grands ne tient qu’à un fil.

LES PLUS RECENTS