Colonisation, mariage pour tous: mais où va Macron? Décryptage
Emmanuel Macron multiplie dans la presse les sorties sur de nombreux sujets mais n’a pas encore dévoilé son programme complet.Crédits: AFP
Monde

Colonisation, mariage pour tous: mais où va Macron? Décryptage

Toujours donné deuxième et donc qualifié pour le second tour dans les sondages mais pour le moment sans programme précis, Emmanuel Macron multiplie les sorties polémiques depuis ce mercredi. Décryptage.

Le candidat «ni droite ni gauche» a, en moins de 24 heures, créé la polémique à la fois dans une partie de la droite et dans une partie de la gauche.

1. La colonisation

En déplacement en Algérie ce mercredi, il a donné une interview à une chaîne de télévision privée, Echorouk News, à propos de la colonisation. Il l’a qualifié de «crime contre l’humanité» tout en nuançant, à peine, son propos par la suite rappelant que «la France a installé la Déclaration des Droits de l’Homme en Algérie, mais a oublié de la lire».

2. Le traitement des anti-mariage pour tous

Le lendemain, dans une interview donnée au Nouvel Obs, il a dénoncé le traitement que l’exécutif, donc François Hollande, a réservé aux opposants au mariage pour tous. Pour rappel, des manifestations de masse avaient eu lieu en France en 2012 et 2013 pour dénoncer la loi qui ouvrait le mariage aux couples de même sexe, alors qu’Emmanuel Macron était conseiller spécial de François Hollande.

 

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Une des erreurs fondamentales de ce quinquennat a été d’ignorer une partie du pays qui a de bonnes raisons de vivre dans le ressentiment et les passions tristes. C’est ce qui s’est passé avec le mariage pour tous, où on a humilié cette France-là.

»

 

Les commentaires, très nombreux sur les réseaux sociaux, montrent la division de la société française sur ces deux questions. Une partie de la droite considère la colonisation comme une bonne chose, c’est la vision de François Fillon, ou au moins refuse de la condamner dans son ensemble comme le fait Emmanuel Macron.

De l’autre côté, une partie de la gauche considère les manifestants anti-mariage pour tous comme des homophobes réactionnaires.

«Une stratégie ou un personnage politique en construction?»

Politologue et professeur en sciences politiques à l’Université Catholique de Louvain, Pierre Vercauteren se montre perplexe face à ces déclarations: «Est-ce que cela s’inscrit dans une stratégie de communication pensée et réfléchie ou alors, est-ce la marque d’un personnage politique en construction?»

Le chercheur remet en cause l’importance électorale de ces sorties d’Emmanuel Macron: «Je ne suis pas sûr que l’électorat va être durablement choqué par ces déclarations. Il ne doit pas commettre d’erreur sur les enjeux majeurs que sont l’emploi et la sécurité mais la colonisation et le mariage pour tous restent des enjeux mineurs de la campagne».

Un défi: fidéliser

Pierre Vercauteren met en lumière ce qui va constituer le défi du candidat Macron: «Il va devoir fidéliser ses électeurs.»

D’après les sondages, il aurait la base électorale la plus volatile, changeant d’avis sans arrêt. Le politologue explicite: «Une fois que son programme sera annoncé début mars, la tendance des sondages sur les semaines qui suivent sera intéressante, pour savoir s’il a convaincu».

«Regardez Trump»

Même si le programme du candidat Macron se montre imprécis, Pierre Vercauteren relativise lorsqu’on lui pose la question: «Oui, une posture peut suffire à remporter une élection. Regardez la victoire de Donald Trump, elle s’est faite principalement sur des postures plus que sur un programme précis.»

Sa possible victoire ne dépend pas que de lui

Au centre de l’échiquier politique français, Emmanuel Macron pourrait l’emporter plus ou moins facilement selon certaines conditions.

Pierre Vercauteren explique: «Le meilleur scénario pour lui, c’est François Fillon et Marine Le Pen qui restent soumis aux affaires et une gauche qui ne parvient pas à se rassembler». Un scénario inverse avec une gauche unie, un Fillon sorti d’affaires et une Marine Le Pen qui maintient son avance sans faire d’erreur rendrait la tâche de l’ancien banquier de Rotschild bien plus compliquée.

 

Une campagne «très difficile à analyser»

Pierre Vercauteren constate que «la campagne française est très difficile à analyser, Fillon avait une voie tracée mais personne ne s’attendait à ce qu’il soit mis en cause dans des affaires par exemple. Il y a plein d’éléments qui rentrent en compte et qui bougent sans arrêt, sans parler des imprévus qui pourraient arriver: une bonne nouvelle économique, un attentat ou une fermeture d’entreprise».

 

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