Pascal le grand frère: «La violence est devenue physique»
Pascal SoetensCrédits: AB3
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Pascal le grand frère: «La violence est devenue physique»

Cela fait 10 ans que Pascal Soetens intervient auprès des ados à problèmes à la télé. Et il ne compte pas s’arrêter.

Depuis 10 ans, Pascal Soetens sillonne les routes de France, de Belgique et de Suisse pour régler les problèmes familiaux. D’abord dans «Pascal le grand frère» sur TF1 (de 2006 à 2012) puis dans «SOS: ma famille a besoin d’aide» depuis 2014 sur NR12 et AB3 (tous les jeudis à 20 h). Critiqué parfois pour ses méthodes musclées et le «voyeurisme» de l’émission, il ne se débine pas et joue carte sur table.

Depuis 2014, vous avez tourné une cinquantaine de numéros de «SOS m’a famille a besoin d’aide». Vous n’êtes pas lassé?

Pas du tout! J’adore mon travail. J’ai la chance de faire ce que j’aime. La particularité, c’est que je fais mon métier à la télé. Moi, je ne fais pas de la télé pour être connu, ce que beaucoup de jeunes font aujourd’hui à travers la téléréalité. Le but est d’aider les gens à travers un métier mal connu ou méconnu.

Vous pourriez le faire sans caméra…

Je fais ce métier d’éducateur depuis 25 ans et seulement depuis 10 ans à la télé. Cette dernière est venue à moi grâce à un ami. Je me suis présenté à un casting de 100 personnes et on m’a choisi. J’ai appris les rouages télévisuels, ce que cela engendre comme problématiques mais aussi comme choses agréables.

 

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Ici, dans l’émission, on met en évidence les relations qu’ont les parents avec leurs ados et c’est vrai que l’on se dit: Mon Dieu, comment c’est possible!

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Et la médiatisation de ces familles à problèmes, est-ce nécessaire?

Nous sommes tous un peu curieux… Il y a toujours quelqu’un qui va vous dire: Tu es au courant, le voisin il a dit, ceci, il a fait cela… Ici, dans l’émission, on met en évidence les relations qu’ont les parents avec leurs ados et c’est vrai que l’on se dit: Mon Dieu, comment c’est possible! Mais des gens me remercient car en voyant l’émission, ils se sont rendu compte qu’ils agissaient mal avec leurs enfants. L’émission, elle est faite pour ça.

Les familles, elles sont choisies comment?

Il y a toujours une enquête sociale, une enquête scolaire, une enquête familiale et une enquête de police. S’il y a déjà un dossier en justice, on ne peut rien faire.

Et elles ne changent pas de comportement face aux caméras?

Figurez-vous que non! Et parfois, cela me choque d’ailleurs. Les gens sont vrais. Aucun ne surjoue. Et si certains changent, au bout de 24 heures, le naturel reprend ses droits.

Le tournage dure six jours. Ce n’est pas trop court pour établir une relation?

Non, on ne se rend pas compte, mais six jours, c’est relativement long. La relation se fait après 24 heures. Le premier jour, ils sont contre moi, ils sont en colère… Mais dès que j’ai mis les règles en place, le jeune comprend pourquoi je suis là. Et puis, en dehors du tournage, on continue de parler, on continue le travail. La partie non-filmée est la plus intéressante.

 

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Aujourd’hui, ils les frappent! C’est alarmant. La violence est devenue physique. Je suis inquiet.

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Il y a une évolution dans les problèmes rencontrés?

Il y a une chose qui m’inquiète: il y a dix ans, les enfants insultaient seulement les parents. Aujourd’hui, ils les frappent! C’est alarmant. La violence est devenue physique. Je suis inquiet.

Vous intervenez aussi en cas de radicalisme religieux?

Ce n’est pas mon domaine. Mais je pense que si un ado est radicalisé, il ne viendra pas me voir…

Les méthodes qui fonctionnent, ce sont l’éloignement et le sport…

La première méthode qui fonctionne, c’est de sortir les gens de leur quotidien. Dès que j’arrive, je les coupe d’internet, de Facebook, du portable… La première réaction des gens, c’est de me dire: Qu’est-ce qu’on va faire ce soir? Et je leur réponds: Ce soir, vous allez pouvoir vous parler. Au bout de 24 h, cela fonctionne, car les gens communiquent entre eux et se disent ce qui ne va pas.

Et le sport?

C’est un moyen d’extérioriser son mal-être. Quand j’autorise quelqu’un à casser des briques, des assiettes, mais aussi à frapper dans des sacs de frappe ou sur moi, je vous assure que cela soulage les gens. Parler ne suffit pas.

Cela dérape parfois?

Oui, bien sûr, j’ai déjà failli me faire poignarder ou prendre un coup de marteau… Là, je suis obligé d’agir et d’employer les manières fortes, malheureusement.

Ce que l’on vous reproche parfois…

Oui. Mes méthodes ont été décriées par des psychologues ou par des associations. Ils disent que je suis trop dur. Mais qu’ils prennent ma place et montrez-moi autre chose qui fonctionne. Moi, j’ai 90% de résultat. Les méthodes plus douces ne fonctionnent pas aujourd’hui. Attention, je ne remets pas en cause le travail des psychologues. Je rencontre souvent des jeunes qui ont été suivis et qui me disent que cela n’a servi à rien. Je leur réponds qu’ils n’étaient simplement pas prêts. Et puis parfois, il suffit simplement d’instaurer un dialogue avec l’enfant.

Si l’émission existe, c’est quelque part parce que le système en place n’est pas efficace?

Le système n’est pas mauvais, on ne peut pas dire que rien n’est fait, mais on peut l’améliorer. Je pense qu’on manque de moyens humains et financiers. Les séjours de rupture dans un pays étranger comme le Gabon ou le Sri Lanka, cela a un coût. Mais je vous garantis que quand le jeune revient, il se rend compte qu’il n’est pas si mal chez lui en France. Il doit arrêter de se plaindre.

Vous ne réalisez jamais d’émission bilan?

Si vous pouviez marquer dans le papier que j’aimerais bien faire une émission Que sont-ils devenus?, peut-être que cela donnera des idées aux producteurs (rires). Comme dans Cauchemar en cuisine, j’aimerais pouvoir revenir un an ou deux plus tard et voir ce que ces familles sont devenues. Mais on ne le fait pas…

Pourquoi?

Je ne sais pas, il faut le demander aux producteurs (rires). J’ai voulu aussi faire une émission débat, avec certaines familles. Mais peut-être que grâce à vous, on va y arriver!

Vous restez en contact avec les gens que vous aidez?

La production le fait pendant six mois. Cela fait partie du contrat. Je le fais aussi, mais c’est plus compliqué car je suis toujours sur la route.

Vous donnez votre numéro de portable?

Plus maintenant. J’ai eu une blague un jour avec un jeune qui l’a fait circuler sur internet. C’était l’enfer. Donc je suis joignable sur les réseaux sociaux.

 

Vous avez deux fils Loucas et Enzo. Ils filent droit?

(rires) Cela a toujours filé droit à la maison parce qu’on a toujours dialogué avec eux leur mère et moi. Nous sommes pourtant séparés, mais je les vois très régulièrement.

 

Ils pensent quoi de votre émission?

Du bien. Mais ils sont sur les réseaux sociaux depuis peu de temps et sont parfois embêtés par des gens qui leur en parlent. Ils se rendent compte de ce que je peux vivre au quotidien (rires).

 

Vous avez ouvert une salle de sport au début de cette année. Vous songez à votre fin de carrière à la télé?

Non. En fait, j’envisage avec mon associé d’en créer un peu partout. Le concept, c’est le dépassement de soi, le vivre ensemble, avec l’assistance d’un coach, ce qui est de plus en plus rare dans les salles de sport et de fitness.

 

Qu’est-ce qui pourrait vous faire arrêter la télé?

De mauvaises audiences. Mais j’espère que cela va encore durer dix ans. Mais personnellement, j’éprouve un réel plaisir à aider les gens et à travailler pour cette émission quinze jours par mois.

 

Vous ne rêvez pas d’animer une autre émission ou de faire autre chose?

Si. Faire du cinéma me ferait plaisir. J’ai déjà eu un projet de pièce de théâtre écrite pour moi voici quelques années. Mais je n’ai pas eu le temps de concrétiser ce projet. En fait, il me manque juste le temps.

 

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