Mons: aider les enfants sourds à aller à l'école "normale"
Magali Van den Abeele, aide pédagogique, traduit la langue des signes pour les élèves sourdsCrédits: Ugo PETROPOULOS
MONS

Mons: aider les enfants sourds à aller à l'école "normale"

Permettre aux enfants sourds d'avoir une scolarité normale, c'est un objectif de l'APEDAF. A Mons et Wasmuël (Quaregnon), 4 enfants bénéficient des services d'une aide pédagogique qui traduit tout ce qui se passe en classe en langue des signes.

Ce matin, c'était jour de fête pour les enfants de la classe de Mme Jennifer, à l'école maternelle des Ursulines à Mons. Christian Merveille, ancien instituteur, mais surtout artiste pour enfant pendant une trentaine d'années, est venu chanter quelques unes de ses contines devant les enfants de la classe de première maternelle.

La raison de sa venue? Christian Merveille est depuis 2008 le parrain de l'ASBL APEDAF, pour Association des Parents d’Enfants Déficients Auditifs Francophones. L'association qui lance ainsi son opération "souris": le but est de récolter des fonds pour payer des aides pédagogiques qui aident les enfants sourds à s'intégrer dans des classes de l'enseignement ordinaire.

Ce travail, c'est Magali Van Den Abeele qui l'effectue dans la région de Mons, pour deux élèves en première et troisième maternelle aux Ursulines, et deux autres à l'école communale de Wasmuël (Quaregnon). A raison d'un nombre d'heures définis avec les parents, elle aide ces enfants à suivre les classes, à interagir avec l'institutrice et les autres enfants.

"J'essaye de traduire tout ce qu'il se passe: ce que dit l'institutrice, mais aussi l'ambiance de la classe, pour que ce soit vraiment une intégration. Pour que l'enfant puisse suivre ce qu'il se passe et intervenir".

A Mons, Magali utilise la langue des signes pour traduire: les deux enfants suivis par l'APEDAF sont nés de parents sourds, c'est donc en quelque sorte leur langue maternelle. "On ne suit pas tous les enfants en langue des signes. Il y en a que l'on suit en lecture labiale, d'autres en LPC (Langage Parlé Complété)".

"Sans interprète, ma fille serait noyée"

Magali suit depuis deux ans Kolya, et depuis cette année Bray. A la satisfaction de leur parents: "s'il n'y avait pas d'interprète, ma fille serait noyée, toute seule", signe Leyta, maman de Kolya. "Maintenant, elle se développe comme les autres enfants, il ne lui manque que le son".

La présence d'un interprète est aussi très utile à l'enseignant, tout comme aux autres enfants de la classe. Ils ont vite compris que Kolya n'entendait pas. Pour communiquer avec elle, ils commencent à faire des petits signes comme "bonjour", "merci"...De son côté, Kolya va chez la logopède pour apprendre quelques mots et à lire sur les lèvres. Chacun faisant un effort, on finit par trouver un terrain de compréhension.

L'accompagnement en classe permet aux élèves sourds de suivre une scolarité normale, en évitant de tomber dès le plus jeune âge dans un enseignement spécialisé, qui restreint les choix de vie futur. Cet accompagnement peut se faire "jusqu'à l'université", selon Magali. "Mais tout dépend de la capacité de chaque enfant".

Pour Kolya, cela semble bien parti: "c'est une enfant très autonome et débrouillarde juge Jennifer, sa maîtresse. Elle est pleine de vie, elle va vers les autres enfants et elle joue avec eux". Les heures où elle est aidée par Magali lui donnent de l'énergie pour toute la semaine. 

Pouvoir payer les salaires

Si l'association APEDAF est subsidiée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle doit aussi trouver des ressources propres. "Nos employés sont sous contrats APE et donc nous devons chaque année réunir des fonds pour autofinancer une quote-part salariale. Comme l'indexation des points APE ne tient pas compte de l'indexation barémique et de l'ancienneté des travailleurs, ce montant à autofinancer est extrêmement élevé, plus de 140.000 € l'an dernier", explique Louis Everaert, coordinateur de l'antenne régionale tournaisienne de l'ASBL.

Pour ne pas répercuter ces coûts sans cesse croissants sur les parents d'enfants suivis, l'asbl organise depuis 1991 une récolte de fonds annuelle, l'opération "Souris", qui a lieu chaque année en février. Il s'agit de vendre des ballotins de pralines au logo de l'asbl, au prix de 6 €. L'intégralité des bénéfices de cette opération est destinée au coût de ce service d'aide pédagogique, qui emploie 11 Equivalents Temps Plein en Wallonie.

Encore méconnue dans la région de Mons-Borinage, l'APEDAF est bien implantée dans le Tournaisis. Elle rencontre des difficultés à répondre aux demandes dans certaines zones de Wallonie, comme le Brabant ou le Luxembourg, où il existe des listes d'attente... 

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