• L’artiste au milieu de son travail.
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Le projet complètement dingue de Denis Meyers : « je peindrai jusqu’au dernier jour »

L’artiste urbain Denis Meyers a investi les anciens bâtiments Solvay à Ixelles avant leur destruction. En recouvrant quasiment tous les murs de son travail, l’artiste, avec «Rembember Souvenir» propose projet impressionnant que beaucoup rêvent de découvrir.

«Je peindrai jusqu’au dernier jour. Il y a plein de choses que je n’ai pas encore faites. Quand les bulldozers commenceront à attaquer d’un côté, je continuerai à l’opposé.» Depuis qu’il a pénétré pour la toute première fois dans les anciens bâtiments Solvay, situés à quelques mètres de la chaussée d’Ixelles, juste entre la porte de Namur et la place Fernand Coq, Denis Meyers sait que son travail est appelé à disparaître. Allfin, le promoteur immobilier qui a bien voulu lui laisser les clés pour quelques mois, a d’autres projets pour cette énorme surface idéalement placée au cœur de Bruxelles, mais en attendant Denis peint, peint et peint encore.

Son travail est tout simplement bluffant et… frustrant. Après plus de trois heures à déambuler dans ce dédale de couloirs, impossible de découvrir chaque détail du projet de l’artiste. «On ne laisse pas les gens se promener seuls dans les couloirs parce qu’ils risqueraient de s’y perdre, sourit l’attachée de presse. D’ailleurs, si jamais, vous avez mon numéro.»

Pour tout voir, il faudrait sans doute plusieurs jours tellement l’œuvre est impressionnante. «Ce côté frustrant est un peu voulu, glisse d’ailleurs Denis pendant la visite. Je n’ai pas envie de tout montrer.» L’artiste se réserve d’ailleurs l’accès à certaines pièces, des parties d’oeuvre qu’il veut garder pour lui. «Puis de toute façon, il sera impossible de tout voir puisque depuis les premiers jours, certains murs ont disparu, certains escaliers ont été enlevés, faisant disparaître une partie de mon travail, empêchant l’accès à plusieurs pièces», reprend-il. Des ouvriers sont en effet déjà chargés de préparer la future démolition, comme pour dire à Denis que le compte à rebours a déjà débuté. «C’est une espèce de jeu avec eux.»

Au total, depuis septembre, Denis Meyers doit avoir recouvert environ 25 000 m2 de surface. Impossible de le déterminer avec précision. Les mégots qui traînent à même le sol témoignent du long travail de l’artiste. Couloir, porte, fenêtre, caves, etc. rien n’échappe au travail aux bombes de celui-ci. Denis Meyers a recouvert les murs avec vingt années de carnets de dessin. Sur les murs on retrouve des textes, surtout, des visages aussi. «Ma famille, mes enfants, des gens qui ont croisé ma route, détaille-t-il. Les textes évoluent. Certains passages sont déchiffrables, d’autres ne le sont volontairement pas du tout parce qu’on pénètre trop dans mon intimité.»

 

Si le parcours débute par le monde de la musique, «je garde des souvenirs de concert depuis 96», précise l’artiste. Plus la visite se fait profonde, plus on pénètre dans l’intimité de Denis Meyers. «La naissance de mes enfants, ma séparation, etc. Ce projet permet aux visiteurs de rentrer dans ma tête.»

 

 

Une vidéo publiée par denis meyers (@d6ni5m) le


Si ce n’est les bombes de peinture noire évidemment, rien n’a été ajouté au bâtiment. «100% du projet vient de ce bâtiment, confirme celui qui est originaire de Tournai et dont le travail est visible ailleurs à Bruxelles. Il n’y a pas un mètre de câble qui vient de l’extérieur.

 Et l’hallucinant travail de Denis Meyers a rapidement fait parler de lui aux quatre coins de la capitale. Lors du vernissage, beaucoup n’ont pas hésité à faire la file deux heures durant pour découvrir son projet. Et personne n’est reparti déçu.

Alors que 200 visites seulement étaient prévues jusqu’à la démolition de l’œuvre, l’ASBL en charge de celles-ci a rapidement été débordée. Plus de 2 400 réservations sont déjà annoncées et de nouvelles visites vont être mises en place. Pendant ce temps-là, masque sur le visage, bombe dans une main, Denis, lui, peint encore, toujours.

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Denis Meyers

Denis Meyers, né en 1979 à Tournai, vit et travaille à Bruxelles. Artiste urbain et multiple, il est connu pour ses fresques ou pour ses stickers en forme de visage (il les appelle ses "perso"), imprimés et découpés à la main puis disséminés dans toute la ville ou ailleurs. Il se revendique typographe, une formation qu'il a suivie à l'École Nationale Supérieure des Arts Visuels de la Cambre mais qu'il tient aussi de son grand-père, Lucien De Roeck (1915-2002) qui a entre autres créé l'emblème et l'affiche de l'Expo Universelle de 1958. C'est avec lui qu'il a commencé à écrire et dessiner tous les jours. 

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L'histoire du batiment

Le bâtiment Solvay, à Ixelles, a été commandé par l'industriel belge et philanthrope Ernest Solvay pour abriter le premier siège de son entreprise florissante. Il est construit en 1883 par les architectes Constant Bosmans et Henri Vandeveld mais va connaître plusieurs extensions jusque dans les années 1960. Aujourd'hui il représente un ensemble de près de 50.000 m² répartis en 5 immeubles de bureaux. L'entreprise Solvay a définitivement quitté les lieux début 2012. Le bâtiment rachté par Allfin et BPI, va être transformé en espace résidentiel de standing avec des jardins créés par l'architecte-paysage Wirtz.

 







Photo : EdA Mathieu GOLINVAUX

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